#El francés en la actualidad

Première dame

mots-actu_p.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Michelle Obama vient de faire paraître un livre, promis à un beau succès de librairie, semble-t-il, et qui retrace son parcours. Un parcours incroyable donc pour celle qui, née dans un quartier plutôt populaire de Chicago est devenue First Lady, Première Dame, femme du Président des États-Unis. Le titre même du livre évoque cet itinéraire : Becoming en anglais, titre difficile à traduire : l’éditeur a choisi « Devenir », ce qui est assez proche littéralement de la version d’origine, mais qui évoque moins cette double idée de métamorphose et de continuité.

Et qu’est-elle devenue cette Michelle Obama ? First Lady, ou première Dame. Elle ne l’est plus bien sûr. Mais de même qu’on dit toujours Monsieur le Président a quelqu’un qui l’a été, on voit que cette étiquette lui reste associée, même si on parle parfois, techniquement d’ex première Dame.

Et l’expression est souvent utilisée en anglais, même en France. Ce qui peut s’expliquer. D’abord par la nationalité de l’intéressée. Souvent, on reprend en anglais des formules liées à la politique américaine : on le voyait récemment ave les Midterms. Mais aussi parce que l’expression française, traduite mot à mot et tout à fait adoptée par l’usage, vient directement des États-Unis.

Mais cette façon de dire n’est pas si ancienne

Car naguère, même quand ces premières dames étaient incroyablement à la mode, il n’existait pas de formule particulière pour les désigner. Jackie Kennedy, First lady en Amérique, n’a jamais été première dame en France.

Le succès de l’expression et l’adhésion qu’elle suscite rendent sensible le poids d’une idéologie encore très pesante.

Si l’on peut parler de première dame, c’est nécessairement qu’il y a symétriquement un « premier homme », c’est-à-dire un chef d’État marié, hétérosexuel, monogame (en tout cas officiellement) et mâle.

N’exagérons pas : on sait les exceptions de plus en plus fréquentes à ce modèle.

Bref, méfions-nous de l’ironie facile, et constatons aussi que l’expression Première dame a quelque chose d’assez républicain : elle n’est pas première par la naissance, par le rang aristocratique, mais du seul fait qu’elle est la compagne du chef de l’état. Mais la revendication à l’égalité des sexes peut aussi y trouver sa place : souvenons-nous que la formule est aussi là pour remplacer le mot présidente, qui longtemps désignait la femme du président. Ce destin linguistique était partagé par toute une série de noms de fonctions qui n’étaient féminisés que pour désigner une épouse à une époque où la fonction d’origine ne pouvait être remplie que par un homme : c’était la jeune et belle Présidente de Tourvel dans les Liaisons Dangereuses, ou la Maréchale dans le Chevalier à la rose cet opéra de Richard Strauss, sur un livret de Hugo Von Hofmannsthal… En revanche, présidente s’applique presque uniquement aujourd’hui à une présidente en exercice. Michelle Obama n’était pas présidente !

Et avec la Première dame, nous sommes un peu face au symétrique de l’expression prince consort, le mari de la reine, qui n’a pas titre de roi. Consort signifie simplement au départ qui partage le sort de quelqu’un, c’est à dire compagnon. Mais dans le seul usage vivant qui reste du mot, il s’agit de partager la vie d’une souveraine en lui laissant sa couronne.  

Avertissement !

Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo CANOPE

Coproduction du réseau CANOPÉ.
www.reseau-canope.fr  

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias