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Napoléon et Bonaparte

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Napoléon est mort à Sainte-Hélène ! Une phrase bien connue qui exprime un fait historique bien connu lui aussi. En effet, c’est bien sur l’île de Sainte-Hélène qu’est mort l’empereur des Français Napoléon Ier, déchu et exilé à la suite de sa dernière bataille de Waterloo, un désastre (pour les armées françaises) Et cette mort, on le sait, est survenue il y a tout juste 200 ans, le 14 avril 1821, c’est bien pour cela qu’on s’y intéresse aujourd’hui.

Mais qu’est-ce qui est si intéressant pour le mot de l’actualité ? C’est qu’on parle de Napoléon mort à Sainte-Hélène ! Pas de Bonaparte !

Or cet homme, comme la plupart d’entre nous, avait un prénom et un nom. Et il a fait tout le début de sa carrière publique sous son nom, et toute la fin sous son prénom.

En effet, en 1804, le voilà couronné empereur. Son prénom n’est pas courant en France, très marqué par son origine corse. Et il fait comme les rois, et le prend comme appellation impériale. Napoléon, Premier en plus, et en effet il y aura un autre Napoléon empereur des Français, portant le numéro Trois, comme si Napoléon II, fils du premier avait régné ! Et quelle que soit la misère de sa fin de règne et de sa fin de vie, il a gardé ce nom jusqu’à la fin : on peut déchoir Napoléon, mais pas le rétrograder. Et c’est bien de cela qu’il s’agit : cette accession au prénom est comme un grade supplémentaire, une dignité supplémentaire qu’il s’est accordée. Avant 1804, avant qu’il soit sacré empereur, il a pourtant dirigé la France en tant que Premier consul, dernière étape avant l’Empire d’une carrière fulgurante : jeune officier très doué, puis général révolutionnaire qui finit par prendre le pouvoir. Et on la sent bien cette ivresse de puissance symbolisée par ce changement de nom. Le passage a été admirablement signalé par un vers de Victor Hugo, à la dynamique très convaincante : « Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte » Comme une ambition, d’abord plus ou moins masquée, et qui finit par faire éclater le carcan, l’enveloppe qui ne la contient plus ! Napoléon et Bonaparte sont donc deux noms qui n’évoquent pas la même figure : Napoléon fait surgir les images d’un triomphe, d’un État qui se construit, mais aussi d’un pouvoir absolu, souvent d’un tyran. Et en même temps, le souvenir de guerres incessantes et terriblement meurtrières. Bonaparte renvoie la silhouette d’un homme plus jeune, encore porté par l’ardeur révolutionnaire.

Le personnage a une telle carrure, qu’il est logique que ses noms aient donné lieu à des adjectifs. Mais là encore, bonapartiste n’est pas du tout synonyme de napoléonien. Ce dernier mot échappe pour une grande part à la politique : il désigne un style, une esthétique, une allure. Pour une architecture, une décoration d’intérieur, une façon de s’habiller ? Pas vraiment : dans ces cas-là, on parle plus volontiers par exemple d’une commode Empire, ou Premier empire. Mais plus volontiers pour évoquer une posture, une manière d’être. Ou alors tout simplement une période : l’épopée napoléonienne.

Bonaparte a une autre filiation. On peut déjà se souvenir que le nom a souvent été déformé : Buonaparte, prononcé de façon méprisante par des ennemis pour le rabaisser, rappeler ses origines modestes et pour le moins provinciales : on n’est même pas sûr que la Corse ait été française à sa naissance, peut-être a-t-il modifié sa date de naissance pour ne pas se faire traiter d’étranger. Et on parle d’attitude, de position de politique bonapartiste à propos de quelqu’un qui cherche un pouvoir personnel au terme d’une ascension rapide et qui court-circuite les structures et les partis en place.

Avertissement !  
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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