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Moratoire

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Dans le long entretien que le président de la République a accordé à Rfi, à Christophe Boisbouvier, il a fortement évoqué la possibilité d’un moratoire sur la dette africaine. Voici ce qu’il a dit, entre autres choses : « Les quatre représentants spéciaux qui ont été mandatés par l’Union africaine ont fait des propositions que j’ai souhaité qu’on reprenne. Ces propositions, c’était de dire : moratoire ». Et Emmanuel Macron explique de quoi il s’agit : le moratoire, ça veut dire on ne rembourse plus les intérêts, vous nous laissez de l’oxygène. On étale cette dette ! »

Bien entendu, tout cela nous porte à nous questionner sur le sens de ce mot moratoire. Et l’idée portée par ce terme est d’abord celle du suspens : comme s’il y a avait un gel de cette dette, ou un sursis, qui peut porter sur la dette elle-même ou certaines de ses particularités – les intérêts notamment. Ce mot, qui est savant, assez technique et juridique, vient d’une origine latine, qui évoque le retard : le verbe morari signifie retarder. Donc on retarde, on repousse, on diffère, on remet à plus tard. Et ça peut précéder (ou pas) une réelle annulation, officielle. A moins qu’on ne se dise qu’à force, l’affaire sera oubliée, qu’elle sera trop vieille, qu’elle sera caduque. Si le moratoire est très long, ce qu’on a suspendu peut devenir obsolète, périmé : c’est dépassé ! À l’évidence, ce n’est pas ce qui peut se passer pour une dette officielle et importante comme celle qui est en question en Afrique aujourd’hui.

Revenons à notre mot de moratoire : il peut avoir quelques synonymes plus ou moins éloignés de son sens précis : on peut faire une pause. Mais ce n’est pas exactement la même chose : on emploie le mot quand la situation est inverse : on propose souvent un moratoire quand quelque chose est demandé et qu’il est difficile de satisfaire à cette demande. Par exemple une dette : on arrête de demander ce qui manifestement ne peut être donné tout de suite. En revanche, on fait une pause quand quelque chose est en train de se passer : une pause dans un jeu, dans une activité commerciale. Ce peut être parfois une interruption, qui est sentie comme momentanée : une trêve par exemple. Et là, nous sommes entrés dans le vocabulaire de la guerre. Une trêve est sentie comme une interruption momentanée de la guerre : ni un armistice, ni une paix. Mais en revanche un cessez-le-feu peut être considéré comme un genre de moratoire appliqué à la guerre : le conflit n’est pas terminé, mais on s’arrête de se tirer dessus.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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