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Liste brève et short list

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le mois de novembre est en général celui des short lists. Et cette année, c’est plutôt décembre. En effet, la plupart des prix littéraires n’ont pas été décernés le mois dernier : les librairies étaient fermées et les livres n’auraient pas eu l’écho qu’ils méritaient : impossible de les acheter tout de suite. Et si l’on attend un peu, l’effet d’annonce retombe. Donc il valait mieux décaler ces manifestations. Et les short lists ont dû attendre. Short list ? Un anglicisme à la mode qui concerne d’abord l’organisation de ces récompenses littéraires : a priori tous les livres peuvent y prétendre. Mais bientôt, on n’en garde que quelques dizaines. Puis les jurés ne s’intéressent plus qu’à une poignée d’ouvrages. Et enfin, on n’en garde que cinq ou six qui semblent intéressants, parmi lesquels on choisira l’heureux élu. Et c’est cette dernière sélection qu’on appelle short list, qu’on peut traduire en français, soit littéralement par liste brève, liste courte, petite liste, ou en allant droit au sens, par liste finale.

Le succès de l’expression tient à ce qu’elle ne s’emploie pas que dans cette circonstance : lorsqu’il s’agit de pourvoir un poste, elle se justifie également. Cinquante candidats y prétendent ; on en retient quinze, puis quatre, et on procède au choix final. Les quatre derniers constituent la short liste.

Alors concrètement on sait ce qu’est une liste : une série de mots, en général écrits en colonne, les uns au-dessous des autres, qui rassemblent des éléments ou des individus qui ont au moins un point commun et souvent beaucoup de caractéristiques différentes.

Alors des listes, il en existe de toute sorte, et des plus banales, mais souvent avec un rapport à la mémoire : on fait une liste pour ne pas oublier : et ça va de la liste des courses, de celle des choses à faire dans la journée.

Mais parfois les listes portent bien des noms de personnes ; et il arrive même qu’elles répertorient des gens à qui l’on veut nuire. Et on pense bien sûr aux tristement célèbres listes noires.

Elle aussi nous vient d’un anglicisme, black list. Et on pourrait penser que tout cela date de l’époque maccarthyste aux États-Unis. On sait qu’au début des années 50 une hystérie anticommuniste a déferlé sur l’Amérique. Tout ce qui était communiste ou susceptible de l’être sentait le soufre : le mal personnifié. Et pour être accusé de communisme, on n’avait qu’à déplaire à un anticommuniste notoire… Les rumeurs allaient bon train et il était bien difficile de les arrêter ou de les démentir. En particulier dans le monde des arts et spécialement du cinéma, tous ceux qu’on soupçonnait d’avoir des opinions un peu à gauche pouvaient se retrouver sur ces fameuses listes noires : ils étaient listés, et donc ils ne trouvaient plus de travail ; on ne leur en donnait plus, soit qu’on ne veuille pas le faire travailler, soit qu’on ait peur des représailles : un vrai système maffieux ! Mais si l’expression black list a été employée largement à cette époque, elle est bien plus ancienne : on la trouve en Angleterre dès la fin du 17e siècle, et elle a été traduite en français au début du 18e. Traduite ? Pas toujours d’ailleurs puisqu’on utilise parfois l’anglicisme blacklisté - il est blacklisté. Peu fréquent, mais on l’entend.

Avertissement !  
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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