#El francés en la actualidad

Le vieux qui lisait

mots-actu_l.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Luis Sepulveda victime du coronavirus. Le célèbre romancier, chilien vient hélas de nous quitter, en nous laissant toute une moisson d’histoires, puisqu’il aimait tant raconter. Raconter c’est résister disait-il. Mais le livre le plus célèbre qu’on retiendra de lui est bien sûr celui qui l’a fait connaitre, en France, et ensuite un peu partout dans le monde : le vieux qui lisait des romans d’amour. La traduction française est calquée sur la phrase espagnole. Le livre a un succès considérable, et sans diminuer la qualité du roman, de l’histoire, de la langue, on peut dire qu’il doit beaucoup à son titre ! Bien choisi, bien imaginé, qui fait facilement rêver.

Mais surtout qui correspond à une mode des titres depuis quelques années, et notamment en français ! Le vieux qui…. ? Oui mais surtout l’homme qui ! Un manière de mettre son personnage au centre de son titre, et d’en donner comme une photographie, un instantané, un mouvement qu’on donne à voir. Plus large qu’avec un simple adjectif, le titre est presque une phrase : on a une relative, un verbe, et souvent un imparfait : encore dans le titre, déjà dans le récit, c’est comme si l’on enjambait la couverture du livre pour amorcer déjà le récit.

Alors pourquoi dire que cette tendance est spécialement française ? On vient de voir que pour Sepulveda, c’était une exacte traduction. Et ça l’a été dans de nombreux autres cas : L’homme qui en avait trop. Et là on est dans la traduction de l’anglais : The man who knew too much. Et ce n’est pas même un roman au départ, mais un film à suspens d’Hitchcock. 

Alors de vrais romans, on en a, écrits dans d’autres langues que le français et qui témoigne de cet appétit pour ce genre de formule. En estonien, par exemple, avec l’homme qui savait la langue des serpents (littéralement qui parlait le « serpentique »).

En français on en a aussi, et depuis longtemps : l’homme qui rit est un roman de Victor Hugo qui date de 1869.

Mais ce qui me fait dire que la tendance a quelque chose de bien français, c’est que quelques ouvrages ont été traduits à l’aide de cette tournure, alors qu’elle n’existait pas dans l’original !

L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux est par exemple un roman de Nicholas Evans, qui a donné lieu à un film de Robert Redford. Et bien le titre original, en anglais, n’est pas du tout le même : the horse whisperer. L’image, certes est identique, mais la formule adoptée en français est originale. Ce qui est rassurant, quand on pense bien souvent que les francophones ne se donnent plus la peine de traduire les titres originaux anglais.

Et on retrouve le même phénomène avec un roman récent, qui lui aussi a eu beaucoup de succès, de Douglas Kennedy : L’homme qui voulait vivre sa vie ! Alors qu’en anglais, il s’intitule The big picture. Rien à voir.

Enfin on peut terminer cette courte revue avec ce titre étonnant, d’un livre signé par Oliver Sacks : L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau. Quand huit ans plus tard le metteur en scène Peter Brook (anglais mais très francophone, et qui vit en France depuis plusieurs dizaines d’années) veut l’adapter au Théâtre de Villeurbanne, il garde le titre, en le raccourcissant : « L’Homme qui » !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias