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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Haïti malade de ses gangs ? C’est en effet l’un des quelques maux qui frappent en ce moment cet État : il semble que les gangs sévissent notamment dans la ville de Port-au-Prince, tuant, rançonnant, enlevant. Des gangs, c’est-à-dire des bandes de gangsters. L’origine anglo-américaine du mot est encore tout à fait sensible. Par sa graphie, et sa prononciation. Même s’il est homonyme du mot gangue, bien français, qui signifie enveloppe, il s’écrit avec ce « g » final qui se prononce, ce qui n’est pas du tout dans les habitudes françaises. Mais sa prononciation s’adapte très bien aux habitudes francophones.

Il n’est pas courant depuis si longtemps et on ne le trouve pas avant le XIXe siècle, mais assez isolément : il s’est répandu bien plus tard, surtout depuis la fin de la dernière guerre mondiale. En français comme en anglais, il se comprend en relation avec un autre mot, gangster, qui en dérive, mais son sens s’est modifié depuis quelques années. Au départ, c’est tout simplement une association de malfaiteurs. On parle par exemple dans les années 70 du gang des postiches, d’audacieux criminels qui multipliaient les hold-up, grimés pour ne pas être reconnus : fausses chevelures, fausses barbes, fausses moustaches, qui avaient donné à ces individus une silhouette pittoresque, presque sympathique, malgré leurs agissements condamnables. Ils se spécialisaient disions-nous, dans les hold-up, c’est-à-dire des attaques, souvent à main armée, de banques, de magasins. On voit comme le vocabulaire du grand banditisme doit à l’anglais : toute une mythologie ! Mais ces gangs étaient donc des équipes réduites et clandestines. Alors que ce qu’on appelle gang aujourd’hui recouvre souvent une autre réalité : toute une société de gens, jeunes en général, assez organisée, avec une hiérarchie, qui en rôdent la jeunesse d’un quartier, qu’ils « contrôlent » plus ou moins par le racket, la peur, la violence. Et qui souvent s’opposent à d’autres gangs, des quartiers mitoyens. Et il est bien difficile pour les jeunes gens de refuser d’être affilié au gang de leur quartier.

Mais ce qui est intéressant d’un point de vue linguistique, c’est le parallélisme entre gang et gangster d’un côté, bande et bandit de l’autre. Les mêmes causes produisent les mêmes effets : lorsqu’on évoque une réunion, un assemblage, on peut penser à des éléments tout à fait neutres, qui ne sont pas inquiétants : une bande d’amis, de cousins. Mais le mot que l’on construit à partir de là - bandit ou gangster - est lié à l’illégalité et à la violence.

Avertissement !  
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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