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Fouiner

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Je ne ferai pas ce travail d’aller fouiner dans le passé vient de déclarer Félix Tchisekedi, président de la RDC. Fouiner ? Le verbe n’a pas été choisi au hasard. Il est péjoratif et légèrement familier, ce qui explique pourquoi on l’a entendu de la part de ce dirigeant. Il s’agit de savoir si des enquêtes approfondies vont être menées sur les crimes dont s’est rendu coupable le régime précédent. Mais on le sait bien, quand on mène une enquête, on ne « fouine » pas. On enquête précisément. On mène des recherches officielles pour établir la vérité, et éventuellement faire juger les responsables. On est donc dans une activité tout à fait licite. Il est vrai que ce n’est pas personnellement au président de faire ce travail, mais à la justice mise en œuvre par son gouvernement. Tchisekedi a pu vouloir souligner qu’il ne s’investirait pas particulièrement dans ces investigations. Mais on sait aussi qu’on pouvoir présidentiel a la possibilité d’activer, d’accélérer, d’intensifier des recherches et des poursuites judiciaires. Visiblement, ce n’est pas le cas dans ces affaires. Alors le président congolais emploie justement un mot qui disqualifie ce genre d’enquête : il n’ira pas fouiner !

Fouiner en effet c’est faire preuve d’indiscrétion ; c’est chercher des choses ou des événements qui ne vous regardent pas. En gros, c’est mettre son nez dans les affaires des autres. Et cette image du nez est bien en pointe dans l’usage du verbe. Car fouiner, c’est chercher comme une fouine. Et la fouine est un animal qui n’a pas bonne presse. On le présente en général comme un petit rongeur cruel, mais aussi fourbe, dissimulé. La cruauté, la ruse, une certaine lâcheté lui sont associées. L’animal est-il pire que les autres ? Certainement pas, mais son image, liée probablement à son comportement, sa façon de se déplacer, son rapport à ses proies. Objectivement, est-elle plus basse ou méprisable que le castor, la taupe ou le koala ? Certainement pas. Mais la pauvre a une sale réputation.

Est-ce à partir de son image qu’on a créé le verbe fouiner ? Oui et non ! Le souvenir de l’animal est là bien sûr. Mais le verbe fouiner dérive en fait d’un homonyme, un autre mot fouine qui désigne un instrument à trois pointes qui sert à pécher, ou à aller chercher ce qu’on ne peut prendre avec les mains. De là cette idée qu’on va « à la pêche »…

Car fouiner a bien le sens de farfouiller, de fouiller dans des lieux qui ne sont pas les vôtres : on fouine dans les affaires de son voisin, en général pour trouver ce qui ne vous regarde pas, et nuire ou médire de celui dont on a violé l’intimité : on va fureter partout, un peu comme un voleur. Le verbe fureter d’ailleurs vient de là : fur en latin, c’est le voleur. On a donc éventuellement l’idée qu’on va remuer le passé, ressortir de vieilles affaires qu’on ferait mieux de laisser dormir pour la tranquillité de tous. Et puis souvenons-nous enfin que la fouine peut aussi fureter sous terre : on est bien bas. Ne pas vouloir fouiner, c’est donc se poser comme celui qui est au-dessus de tout ça !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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