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Ex aequo

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

« Ex-aequo » ! C’est le titre d’hier d’un grand journal israélien, cité par Rfi et qui résume les premiers résultats des élections législatives : les deux personnalités principales n’ont pu se départager puisque les deux partis dont ils sont issus et qu’ils représentent arrivent à égalité après ce scrutin : trente-deux sièges pour chacun, ce qui est insuffisant bien sûr pour gouverner, mais ce qui les empêche également d’arriver à une majorité par le jeu des alliances. Les deux dirigeants arrivent donc ex aequo : ils sont à égalité. Bien qu’ils soient deux, on n’a pas mis d’ « s » à l’expression ex aequo. En effet, même si elle fonctionne comme un adjectif, elle garde le souvenir de son origine latine, et on ne lui met pas l’ « s » du pluriel français. La formule n’est pas neuve en français, et cela se reconnaît à sa prononciation. En effet elle est très francisée, de la manière dont on prononçait le latin à l’école jusque vers 1960 : une prononciation laïque et scolaire, qui se différenciait de la prononciation d’église, et qui gommait plus ou moins tous les traits étrangers à notre langue : la séquence æ se prononce é. Elle peut d’ailleurs s’écrire de deux façons, les deux lettres séparées, ce qui se rapproche des habitudes modernes, ou bien avec ce qu’on appelle le a dans l’e, les deux lettres collées, ce qui renforce la latinité de l’expression.

Cette locution qui a un sens d’adverbe nous vient d’ailleurs tout droit de la tradition scolaire qui ne dédaignait pas à faire usage du latin. C’est une formule de distribution des prix, ou de compositions rendues, avec un classement, censé stimuler l’émulation entre élèves.  Mais l’expression sert justement à abraser, à polir ce que les classements peuvent avoir d’excluant. Quand deux élèves sont premiers ex aequo – et c’est souvent dans cet exemple-là qu’on entend le mot – c’est pour souligner qu’ils sont aussi bon l’un que l’autre, qu’on n’a pu déterminer si l’un l’emportait. Alors bien entendu dans les classements, on trouve aussi des 3es, des douzièmes ou des derniers ex aequo. Mais c’est en ce qui concerne les deux premiers (ou même les trois) que la formule s’entend le plus. Et il ne s’agit pas à ce moment d’un match nul, autre expression qu’on a pu relever dans la presse israélienne, et qui est citée par Rfi. S’il y a match nul en général, c’est qu’on s’attendait à ce qu’il y ait un gagnant, et qu’il n’y en a pas. On accentue le fait que la rencontre n’a pu décider qui gagnait. Alors que si l’on parle d’ex aequo, c’est une façon de féliciter les deux premiers. Et même si le sens est particulier la coloration négative du mot nul s’attache à la formulation : on sait bien qu’un match nul n’est pas un match qui n’a pas de valeur, qui a été raté, mal joué. Néanmoins, cela évoque un rien de déception : victoire pour personne et non victoire pour les deux ! D’ailleurs cet adjectif nul parfois employé comme nom, rend bien compte de cet espoir déçu : souvent on dit, après une rencontre sportive que telle équipe, donnée favorite, a concédé le nul, c’est-à-dire s’est résigné au match nul, n’a pas réussi à mettre la victoire dans sa poche !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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