#El francés en la actualidad

Emmerdeuse

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

« Une emmerdeuse ! » C’est, paraît-il, ainsi que Carola Rackete a été qualifiée par le ministre italien Matteo Salvini. Exactement comme ça ? Non ! Salvini parle italien, ce n’est pas en français que le mot a été prononcé. Mais on sait que la proximité et la transparence entre les deux langues permettent que cette traduction en donne une idée assez fidèle.

Bien sûr la phrase est insultante. Mais pas seulement ! Elle est méprisante, ce qui va bien avec l’insulte, mais surtout elle est minorante. Elle rabaisse la Capitaine du bateau qui a forcé le blocus pour débarquer ses passagers migrants à Lampedusa, elle rétrécit la portée de son geste, le réduit, avant de le calomnier (« elle est payée par on ne sait qui… »). Ce qui permet de faire de Carola Rackete une simple emmerdeuse, celle qui vous gêne, un peu, mais dont on se débarrasse d’un revers de main, comme la mouche importune : Une emmerdeuse !

En français évidemment le mot est vulgaire, comme tous ceux qui appartiennent à cette famille. On le trouve au féminin comme au masculin, avec comme c’est fréquent peut-être un soupçon de dédain en plus quand il s’agit d’une femme. Et on connaît le mot, un peu précieux et très macho de Paul Valéry, qui distinguait trois catégories de femmes (déjà pour établir des catégories, il faut se mettre légèrement au-dessus du lot) : les emmerdantes, les emmerdeuses et les emmerderesses. C’était pour faire un mot, et le machisme à son époque était une idéologie exclusive…

Si l’emmerdeur, ou l’emmerdeuse, est le gêneur, celui qui vous importune, qui vous embête, qui vous ennuie, le fâcheux comme on disait à l’époque de Molière, celui qui vous emmerde, on voit que le sens n’est pas si fort que cela. C’est celui qui nous fait chier, pour reprendre l’image inverse, elle aussi vulgaire, mais elle aussi très courante, et pas très ancienne : il n’y a que depuis la fin des années 60 que l’expression et usuelle.

Les autres mots de la famille ont à peu près le même niveau de langage : assez vulgaire, mais plus familier que vulgaire : le genre d’expressions qu’on entendra entre égaux, dans une situation officieuse évidemment : on n’entendra pas ça dans un discours. Mais autour du verre qui le suit… pourquoi pas !

Et ces autres mots ont des sens un peu différents : merder par exemple veut simplement dire rater, échouer. Pas toujours complètement d’ailleurs : je crois que j’ai un peu merdé à mon examen ! Je n’ai pas très bien réussi. Quant à l’interjection « Merde ! », elle est bien sûr très fréquente, avec des sens très différents : la contrariété – le premier auquel on pense –, mais aussi l’indignation, le refus, ou même la surprise et l’admiration !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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