#El francés en la actualidad

Bouclier

mots-actu_b.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Bouclier de printemps, c’est le nom que se donne l’offensive turque contre la Syrie. Et on peut remarquer que de nombreuses offensives se présentent de nos jours sous un nom particulier. Ça peut évoquer un nom de code, pour cacher les détails de l’opération avant qu’elle ait eu lieu. Mais ça peut servir aussi, une fois que l’action est lancée et que l’appellation est rendue publique, à présenter de manière flatteuse une opération militaire, à la légitimer, à la justifier, et aussi à la rendre plus brillante. Évidemment ce nom de Bouclier de printemps en évoque d’autres, notamment l’opération bouclier du désert qui désignait « intervention américaine en Irak en 1990, après l’invasion du Koweït par Saddam Hussein.

Et le mot bouclier fait partie de l’arsenal de la guerre. C’est bien une arme… mais attention : une arme défensive. Le bouclier ne sert pas a priori à donner des coups, mais à éviter qu’on en reçoive. Il est donc habile de nommer “bouclier” une opération qui se présente comme un geste de défense ou tout au moins de protection et non d’attaque. Un bouclier au départ est en effet un genre de plaque défensive destinée à parer les coups de l’adversaire. Un instrument qu’on associe volontiers aux armées de jadis, lorsqu’on se battait à l’épée ou à la lance, mais qu’on trouve couramment encore aujourd’hui parmi les forces de l’ordre : c’est une arme de police.

De toute façon le nom est encore très courant et utilisé, dans certaines expressions toutes faites d’ailleurs. On parle ainsi de bouclier humain quand pour se défendre une personne ou un groupe s’abrite derrière quelqu’un. Pour atteindre ceux qui se protègent ainsi, il faudra d’abord atteindre, blesser ou tuer celui qu’on met en avant. Une tactique lâche, mais parfois efficace.

En revanche lorsqu’on parle d’une levée de boucliers le sens est tout différent : on fait référence à une indignation collective véhémente et immédiate, qui répond à une décision ou à un acte qui soulève cette impopularité. Et la formule fait bien ressortir le nombre de ceux qui récriminent : il ne s’agit pas d’une protestation isolée, mais d’une colère générale. Pourquoi levée de boucliers alors qu’on devrait plus logiquement s’attendre à une levée d’épées… ou d’armes offensives ? Cela fait référence à une tradition en pratique dans l’armée romaine antique. Lorsque les soldats étaient en farouche désaccord avec leur commandement, ils levaient leur bouclier en signe de mécontentement et de résistance.

Enfin, le vocabulaire des impôts a récemment fait un emprunt à cet arsenal des anciennes armées : on parle de bouclier fiscal. Il s’agit de limiter les impôts, notamment de ceux qui ont les plus hauts revenus. On sait que les impôts sont progressifs : plus on gagne, plus la proportion des impôts est importante. Il faut donc tracer une limite qui prévoira qu’un contribuable ne pourra pas payer pour ses impôts, plus d’un certain pourcentage de ses gains. Au départ, on voulait éviter que ceux qui avaient assez peu de revenus, mais qui possédaient un patrimoine important, et donc payaient l’impôt sur la fortune, ne voient leurs revenus mangés par cet impôt. Mais ce mot de bouclier évoque une idée de protection : on veut faire passer l’idée que l’administration des impôts protège ses administrés contre des débordements dont elle pourrait être la cause.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias