#El francés en la actualidad

Bombe H

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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

L’hypothèse que la Corée du Nord possède et maitrise la technologie nécessaire à la fabrication d’une bombe H fait peur et à juste titre. En effet, il s’agirait d’un saut qualitatif dans l’arsenal nord-coréen : les précédents essais ne faisaient pas état d’une bombe H. Hors c’est justement le mot qu’on a entendu pour cette dernière expérimentation. Ce qui peut étonner, car l’expression fait un peu désuète ! Le nom comme la lettre ne s’entendaient plus tellement ces derniers temps, alors qu’ils ont cristallisé des peurs terribles à la fin du 20ème siècle. Après la Seconde Guerre Mondiale, après Hiroshima et Nagasaki, on a peur de « la » bombe. C’est ainsi qu’on nomme le péril nucléaire, à l’époque presque uniquement associé à la peur de la guerre et d’un usage militaire de ces technologies. Ce n’est que plus tard qu’on se souciera des utilisations civiles et énergétiques du nucléaire. Et ce dernier mot l’emportera : on se méfie du nucléaire, on ne parle plus de l’atomique ! Mais dans les années 50, 60, 70, on a peur de la bombe atomique. Et plus encore de la bombe H que de la bombe A. Ces deux expressions donnent a priori l’impression de formules techniques. Elles le sont probablement au départ, mais elles ont été si popularisées que tout le monde en a parlé, et qu’elles sont absolument passées dans l’usage courant, sans aucun sous-entendu technologique : on savait simplement que la bombe H était plus puissante que la A. Ce qui est vrai : la bombe H, ainsi nommée car c’est une bombe à hydrogène, apparait au début des années 50, et c’est à partir ce moment que, rétrospectivement, on appellera bombes A celles qui frappèrent le Japon en 1945 et qui sont d’une bien moindre puissance. Et bombe A fait bien sûr penser à bombe atomique. Alors c’est l’adjectif dont on se sert à ce moment-là, et qui concentrent des effets de sens à la fois inquiétants et fascinants. Evidemment, ça fait peur. En même temps, ça évoque une avancée scientifique sans précédent, et la puissance de l’engin est sentie comme l’image de la puissance de l’esprit scientifique qui l’a créé. Atomique est comme un intensif d’explosif. Une idée explosive, un personnage explosif, un livre explosif… tous ces usages sont loin d’être négatifs. Pour atomique c’est un peu la même chose ! Lorsque les techniques des énergies liées à la fission de l’atome se sont déplacées du militaire vers le civil l’adjectif atomique était trop chargé de puissance, destructrice ou admirative pour passer facilement : il avait un côté trop naïf ! On a donc glissé d’un qualificatif à l’autre, et on a parlé de nucléaire, construit sur la racine latine nucleus qui signifie noyau : il s’agit encore plus précisément de la maitrise du noyau de l’atome. Mais on a l’impression maintenant que la politique militaire de la Corée du Nord nous fait revenir en arrière : on ne parle pas de dissuasion nucléaire, d’équilibre nucléaire, de politique nucléaire. Et on craint le geste fou de celui qui pourrait appuyer sur le bouton : des scènes simplistes et terrifiantes : de nouveau on a peur d’un geste, de nouveau, on a peur d’un objet : la bombe.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensables un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

Canopé

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