#El francés en la actualidad

Anticiper

mots-actu_a.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le vote anticipé bat des records aux Etats-Unis ! C’est-à-dire que de nombreux électeurs ont accepté la proposition qui leur était faite d’aller votre avant le jour de l’élection proprement dit. On comprend pourquoi : cela évite des files d’attente et la proximité qu’elles impliquent si tout le monde va voter le même jour. Donc c’est une bonne manière de se prémunir contre la contagion. Cela montre aussi l’importance donnée à ce scrutin : des citoyens américains qui ne sont pas sûrs de se libérer le jour J votent plus tôt. C’est bien ce qu’on appelle le early voting den anglais, qu’on traduit logiquement par vote anticipé en français. C’est qu’on a avancé la date à partir de laquelle on pouvait aller voter. Avancer la date… c’est bien le sens du verbe anticiper. De même parle-t-on d’élections anticipées, quand on les tient avant la date où elles étaient prévues. On rapproche donc la date du moment présent, alors qu’à l’inverse, on peut reculer les élections si on en retarde le moment. 

Le verbe anticiper a des synonymes qui lui sont parfois préférés dans des circonstances particulières. Par exemple, on utilise parfois le verbe devancer : on dit devancer l’appel, et non anticiper l’appel, qui serait correct, mais tout simplement, n’est pas en usage. Et l’expression s’employait à propos du Service National en France. Maintenant que cette obligation n’existe plus sous la même forme, l’expression a disparu. Mais on l’employait à propos de jeunes gens qui n’attendaient pas l’âge requis pour aller passer sous les drapeaux le temps qu’ils devaient. A dix-huit ans, ils n’étaient pas obligés d’attendre d’en avoir vingt pour remplir leurs obligations militaires, ce qui parfois, libérait leurs perspectives d’avenir.

Pourtant le verbe anticiper peut s’employer avec des sens assez différents : il ne s’agit plus forcément de déplacer une date, mais de projeter son esprit dans le futur pour éviter qu’il ne vous surprenne. Les fêtes de fin d’année arrivent : les commerçants, les marchandes de chocolat vont être dévalisés. Il faut donc qu’ils anticipent, qu’ils aient fabriqué plus de chocolats qu’à l’ordinaire, pour se garder d’être en rupture de stock, pour satisfaire tout le monde. Car ce n’est pas le 18 décembre qu’on se met à fabriquer des pères Noël ou des friandises de saison : il faut l’avoir fait avant. Anticiper, c’est donc un peu prendre ses dispositions pour ne pas se laisser surprendre, prendre ses précautions : freiner avant que le feu ne passe au rouge, commencer à parer l’attaque de l’adversaire avant même que celui-ci ne l’ait mise en œuvre.

Anticiper s’utilise aussi dans les sens de « prendre les devants sur ce que va faire quelqu’un, le précéder. » Je suis allé voir le patron, j’ai pris mon air intelligent, j’ai commencé à parler de choses et d’autres, à faire valoir tout ce que je faisais de formidable pour l’entreprise… et puis il a anticipé sur ma demande : « Vous voulez une augmentation peut-être ? Laissez-moi vous dire tout de suite qu’en ce moment c’est impossible » Anticiper dans ce sens-là, c’est donc faire quelque chose avant qu’un autre l’ait fait… non seulement le devancer, mais d’une certaine façon, le faire à sa place.

Et puis le mot anticipation a eu un sens particulier en littérature, où il a désigné un genre : celui des romans qui imaginent ce que pourrait être la vie plus tard, dans dix, cinquante, ou trois-cents ans. Cette imagination, cette fiction développée explique qu’on parle également de science-fiction. C’est le terme le plus ordinaire. Mais on parle également de romans d’anticipation, un terme qui fait un peu plus ancien, mais qui est, ou qui a été parfois préféré à l’expression science-fiction, simplement parce que ce dernier était plus clairement un emprunt à l’anglais.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias