Une employée de l'entreprise cubaine des télécommunications aide une cliente à utiliser Internet, à La Havane en 2013.
Une employée de l'entreprise cubaine des télécommunications aide une cliente à utiliser Internet, à La Havane en 2013.
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La révolution de l'Internet cubain, ce n'est pas pour tout de suite

L’annonce de la normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba, et dans son sillage la visite du président français François Hollande à La Havane, lundi 11 mai 2015, n’aura pas encore, comme première conséquence, le développement d’infrastructures télécoms mettant fin au blocus du web de l’État insulaire des Caraïbes.
By Dominique Desaunay -

Avec dix dollars l'heure de connexion, dans un pays qui affiche un salaire moyen de 25 dollars par mois et seulement 1% de la population bénéficiant d’un accès à Internet chez lui, ce n’est pas demain que nous verrons des langoustes de Cuba naviguer joyeusement sur le Net ! Depuis plus de 20 ans, les autorités de l’île limitent l’utilisation de la Toile à un « usage social », c'est-à-dire réservé aux institutions, aux universités et à certaines professions, comme les médecins ou les journalistes. L’ouverture des « salles de navigation », garanties sans surveillance par l’État, avait été saluée par les dissidents politiques, lors de l’annonce de la normalisation des relations entre les États-Unis et La Havane.

Pas de quoi pour autant agiter les drapeaux de la victoire sur « l’île des déconnectés ». Oubliés de la Toile, les Cubains parviennent cependant à se débrouiller. La plupart d'entre eux achètent au poids des fichiers web « hors ligne » pour quelques pesos nationaux, qui sont distribués par des clefs USB. Les derniers tubes musicaux, les dernières séries TV, ou des articles de la presse internationale, parviennent ainsi à circuler malgré la censure du régime castriste. La nouvelle génération des blogueurs, comme Eliecer Avila, jeune informaticien qui a fondé le parti Somos mas Cuba, estime qu’avec ou sans Internet, la liberté d’expression restera encore, et pour longtemps, muselée par le pouvoir en place.

Lors de ses différentes prises de parole, François Hollande n’a pas évoqué les atteintes constantes aux droits de l'homme sur l'île. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir certains twittos. Après avoir vertement rappelé à l'ordre les monarchies arabes, le président français a donné une cinglante leçon de démocratie aux Cubains, ironisaient quelques internautes. Il a cependant demandé la levée de l'embargo américain et a défendu les intérêts français et européens dans un pays qui aspire à l'ouverture économique. Cette visite, qualifiée d’historique, a été particulièrement suivie sur les réseaux sociaux, avec le mot-clé #Cuba qui tenait la première place sur Twitter et la Toile française - mais pas sur un Web cubain franchement sous-alimenté, et qui devra encore attendre de faire sa révolution.

Posted on 2017/03/31 - Modified on 2017/09/28

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