Un homme parle à des journalistes.
Un homme parle à des journalistes.
Paul Bradbury / Getty
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La protection des sources journalistiques

C’est l’une des pierres angulaires du métier de journaliste. Le droit à la protection des sources d'information est désormais inscrit dans la loi de juillet 1881 qui régit la liberté de la presse.
By Delphine Le Goff -

Pascal Clément, le ministre de la Justice, a bien choisi son moment pour annoncer cette mesure, puisqu’il l’a officialisée en présentant ses vœux à un parterre de journalistes le 11 janvier 2006. Il ne s’agit évidemment pas d’une révolution, et la mesure est plus symbolique qu’autre chose : en effet, la protection des sources est déjà inscrite dans le droit français depuis 1993. Mais le symbole est fort, et il devrait calmer les inquiétudes des journalistes, échaudés par plusieurs affaires récentes.

Prenons l’affaire Cofidis, par exemple, qui concerne une équipe cycliste soupçonnée de dopage. En octobre 2005, , deux journalistes du quotidien L’Equipe et trois du magazine Le Point ont été mis en examen pour recel de violation du secret de l’instruction, parce qu’ils refusaient de révéler qui étaient leurs informateurs.

Nouvel incident le 5 novembre, avec un journaliste du Parisien cette fois-ci, qui a été placé en garde à vue pour avoir écouté les fréquences radio de la police. Son bureau et son domicile ont été perquisitionnés, et la police a saisi le disque dur de son ordinateur.

Dernier épisode en date, en novembre également : la grève du service photo de l’AFP, qui protestait d’avoir été tenue de remettre des clichés à la police, sous peine de perquisition. Des photographies avaient en effet été prises en Corse lors du tabassage d’un policier, pendant une manifestation de la SNCM, la société de ferries corse, et la police voulait se les procurer. Dans ces trois affaires, la protection des sources a vraiment été mise à mal. Autant dire que l’annonce du ministre devrait calmer les esprits.

La question de la protection des sources est un sujet sensible partout dans le monde

On a tous encore en tête l’affaire Judith Miller. Cette journaliste du New York Times, par ailleurs très controversée, travaillait sur l’affaire Valerie Plame, une agente de la CIA dont le nom avait été divulgué dans la presse. L’été 2005, on lui demande de donner le nom de son informateur, en l’occurrence un membre de l’administration Bush. Judith Miller refuse : elle passera 85 jours en prison.

Plus proche de nous, en Belgique, les journalistes ont aussi des raisons d’être inquiets : sous prétexte de lutter contre le terrorisme et la criminalité, un projet de loi, présenté en décembre, donne son feu vert à des méthodes de recherches poussées, voire carrément intrusives.

Le meilleur exemple du caractère quasiment sacré de la protection des sources a été donné par Bob Woodward et Carl Bernstein, les deux reporters de la mythique affaire du Watergate, immortalisée au cinéma dans Les Hommes du président, avec Dustin Hoffmann et Robert Redford. Jusqu’au bout, ils ont respecté l’anonymat de leur informateur, le fameux Gorge Profonde. C’est Vanity Fair qui a révélé l’identité de ce personnage mystérieux, qui était en réalité un ancien numéro 2 du FBI du nom de Mark Felt. Woodward et Bernstein se sont privés d’un scoop. Mais en préservant leur secret, ils ont donné, trente ans après le Watergate, une nouvelle leçon de journalisme.

Posted on 2017/04/04 - Modified on 2017/05/11

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