Une forêt tropicale amazonienne
Une forêt tropicale amazonienne, partiellement abattue.
Antonio Scorza / AFP
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La destruction de la forêt amazonienne s’accélère

Malgré le plan de protection de l'Amazonie adopté par le gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva après la publication des chiffres records de 2002-2003, ce sont quelque 26 130 km² de végétation qui ont disparu sur la période 2003-2004, soit 20% de la forêt amazonienne, sous l’effet du développement de terres cultivées, ce que le coordinateur de Greenpeace pour l'Amazonie, Paulo Adario, qualifie de « tragédie ».
By Dominique Raizon -

Les chiffres sont éloquents : tandis qu’en 2002-2003 on déplorait au Brésil la disparition de 24 597 km², on enregistrait en 2004 la disparition supplémentaire de 1533 km². Si l’on considère que la pire période pour la destruction amazonienne remonte à 1994-1995, avec 29 050 km² gagnés par les cultures, le chiffre de 2003-2004 est le deuxième par ordre d'importance avec 26 130 km². Selon le World Wildlife Fund (WWF) 17,3% de la forêt amazonienne ont été détruits, et près de la moitié de la déforestation totale a eu lieu dans l'État du Mato Grosso, dont les exploitations agricoles du gouverneur Blairo Maggi en font le premier producteur mondial de soja.

Les exportations brésiliennes de soja, principal produit agricole du pays vendu à l'étranger -essentiellement vers l’Europe et la Chine-, se sont élevées à quelque 10 milliards de dollars l'an dernier. Les défenseurs de l'environnement craignent que le développement de cette culture intensive et celui de l'élevage de bovins soient impossibles à arrêter. Parmi les causes de cette déforestation sauvage, il faut ajouter l’attrait des profits liés à la vente du bois, et à l’exploitation bien souvent illégale de mines d’or –qui par ailleurs polluent les cours d’eau en mercure-,  ainsi que la réalisation d'un réseau routier à grande échelle pour faciliter les trafics.

La forêt amazonienne est un des rares conservatoires de la biodiversité originelle de notre planète ; sanctuaire de plantes uniques et principale forêt tropicale du monde, elle abrite 30% des espèces animales et végétales de la planète et produit de gros volumes d'oxygène. Dès 1978, on estimait déjà que 517 000 km² de la forêt brésilienne étaient partis en fumée ; or les satellites d'observation montrent que chaque année les dégâts de cette prédation continuent, pénalisant la vie même et l’habitat des hommes chassés de leur terre.

Une dégradation régionale qui concerne toute la planète

Véritable menace pour l’équilibre régional, ces dégradations représentent aussi un enjeu pour le reste de la planète. Outre des conséquences écologiques désastreuses pour la sauvegarde de la faune et de la flore, les scientifiques pointent des conséquences climatiques qui dépassent les frontières. Ainsi, d’énormes incendies engendrent une augmentation de la teneur en gaz carbonique dans l’atmosphère et, en chargeant l'atmosphère en lourdes particules de matière organique, ils freinent la condensation de vapeur d'eau. Si cette déforestation continue sa course, le réchauffement climatique global transformera à lui seul 20 % de la forêt amazonienne en savane d'ici cinquante à cent ans.

Dans les régions les plus touchées par la déforestation, les températures durant la saison sèche auraient augmenté de 1 à 3°C selon Carlos Nobre, chercheur à l’Institut national brésilien des investigations spatiales (INPE)). Au-delà du territoire amazonien, Pedro Leite Silva Dias, chercheur à l'Université de São Paulo, estime quant à lui qu'il «pourrait y avoir une connexion entre les anomalies des pluies en Europe et aux États-Unis et ce qui se passe en Amazonie», à l’identique des relations de cause à effet soulignées par les travaux de Brian Kaskins, de la Reading University (Grande-Bretagne). Après vingt ans d’observation, ce dernier a établi un rapport montrant les liens existants entre les moussons du sous-continent indien, les inondations en Europe et la sécheresse en Australie.

Posted on 2015/12/11 - Modified on 2017/11/30

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