Il y a 1,9 million d'années, un australopithèque tellement humain...
«Australopithecus sediba» a été excavé à 40 km de Johannesbourg.
Brett Eloff
Article

Il y a 1,9 million d'années, un australopithèque tellement humain...

Deux nouveaux australopithèques, une femme et un jeune garçon ont été retrouvés dans la grotte de Malapa, en Afrique du Sud en 2008. L’étude des ossements a permis d’établir que l’hominidé Australopithecus sediba grimpait aux arbres comme un singe et que, doté d’un pouce et de doigts puissants et agiles, il aurait pu les utiliser pour fabriquer des outils, bien que son cerveau soit de petite taille. La découverte, rendue publique dans la revue américaine Science, complique l’enquête sur l’origine du genre humain.
By RFI -

Les fossiles de cinq australopithèques découverts en Afrique du Sud en août 2008 présentent des combinaisons étonnantes de caractéristiques à la fois primitives et proches des humains, selon une étude publiée dans la revue américaine Science. Leur âge a été estimé à environ 1,977 million d’années.

Cette découverte est le résultat d’une étude minutieuse de ces squelettes par une équipe de quelque 80 scientifiques du monde entier. Deux squelettes en particulier sont extrêmement bien conservés. Il s’agit de ceux d’une femme et d’un jeune garçon qui sont probablement morts après une chute dans une des failles des grottes de Malapa près de Johannesburg, où ils ont été découverts par les professeurs Lee Berger et Job Kibii de l’université de Witwatersrand en Afrique du Sud. Ces grottes font partie du site « Berceau de l’Humanité », reconnu héritage mondial, un site qui a fourni depuis des années de nombreux fossiles humains précoces.

Un australopithèque hors du commun

Jusqu'à présent, les scientifiques pensaient, d'après une série d'os de la main retrouvés en Tanzanie et datant de 1,75 million d'années, que le prermier hominidé à avoir su fabriquer des outils était l'Homo habilis. Les individus, baptisés Australopithecus sediba par leurs découvreurs, remettent en question certaines théories de l’évolution humaine.

Les mains de ces hominidés présentent un puissant système de flexion, ce qui suggère que l’Australopithecus sediba (d'après le mot qui désigne « fontaine », sediba en langage sesotho) se déplaçait dans les arbres. Les mains possédaient également un long pouce et des doigts courts, indicateurs d’une préhension précise. Cette caractéristique pourrait même impliquer que Australopithecus sediba avait déjà commencé à fabriquer et utiliser des outils. Les pieds et les chevilles confirment que Australopithecus sediba grimpait parfois aux arbres tout en se déplaçant de façon bipède : l’articulation de la cheville, la voûte plantaire et le tendon d’Achille sont de type humain, le talon et le tibia rappellent ceux des grands singes.

Par ailleurs, un scan très précis de l’intérieur du crâne de l’adolescent a mis en évidence les caractéristiques humaines du cerveau d'Australopithecus sediba, alors que sa taille est plus petite que celui des espèces du genre Homo. Le pelvis, à la fois moderne et primitif, indique que ces hominidés marchaient beaucoup. Ces deux observations contredisent les modèles d’augmentation graduelle du volume du cerveau et d’évolution du pelvis en réponse à l’extension de la capacité crânienne.

D’autres parties du squelette ont ces doubles caractéristiques, si bien que Bernard Zipfel de l’université de Witwatersrand précise dans un communiqué de l’American Association for the Advancement of science (l'Association américaine pour l'avancement des sciences) que « si les os n’avaient pas été retrouvés ensemble, l’équipe aurait pu les décrire comme appartenant à différentes espèces. »

Une évolution en mosaïque

Les scientifiques à l’origine de la découverte défendent l’idée que ce mélange de caractères fait d’Australopithecus sediba le meilleur candidat parmi les ancêtres australopithèques possibles du genre Homo.

Selon Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France interviewé dans le quotidien Libération, cette découverte est loin de faire toute la lumière sur les origines de l’espèce Homo. Mais elle est emblématique d’une « évolution en mosaïque » avec l’apparition en parallèle d’adaptations chez l’ensemble des australopithèques : bipédie, mains plus habiles, cerveau plus complexe…

Ces découvertes tendent à montrer que pendant que les hominidés se développaient en Afrique de l’est, les australopithèques prenaient aussi le chemin de l’évolution en Afrique du Sud.

Posted on 2015/11/20 - Modified on 2015/11/20

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