Hollande - grotte chauvet
Le président François Hollande a inauguré, le 10 avril 2015, dans le sud de la France, la réplique de la grotte Chauvet.
Philippe Wojazer / Reuters
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France: inauguration de la réplique de la grotte Chauvet

Le 18 décembre 1994, une grotte préhistorique, ornée de dessins et peintures, est découverte en Ardèche par trois spéléologues : Jean-Marie Chauvet, Eliette Brunel et Christian Hillaire. Très vite, les scientifiques se rendent compte qu’ils ont sous les yeux un joyau de l’art pariétal (réalisé sur les parois) qu’il faut absolument protéger, donc l’interdire au public. C’est ainsi qu’est née, à deux kilomètres de la grotte originelle, sa réplique, inaugurée en avril 2015, par François Hollande.
By Agnès Rougier -

Cette « fausse » grotte, la Caverne du Pont-d’Arc, située dans un endroit sauvage et magnifique, est le fruit de quatre ans de travail. Les peintures sont extraordinaires. C’est très beau et très émouvant parce qu’on comprend tout de suite que l’on est en face d’œuvre de très grands artistes. Même dans la reconstitution.

Cette caverne du Pont-d’Arc est la plus grande reconstitution de grotte préhistorique au monde. Elle a été choisie en particulier parce qu’elle est unique en raison notamment de son excellent état de conservation. Revenons un peu en arrière. Il y a plus de 30 000 ans, les humains qui peignent les fresques à la lueur du feu nous ressemblent, ce sont des homo sapiens. Ils utilisent cette grotte jusqu’à ce qu’un éboulement en obstrue l’entrée il y a quelque 20 000 ans. Pendant tout ce temps, les œuvres d’art sont donc restées à l’abri de l’air et de la lumière, intactes jusqu’à leur redécouverte.

Recréer la même émotion

Jean Clottes, le préhistorien qui a validé scientifiquement la grotte Chauvet était mercredi à la caverne du Pont-d’Arc, il raconte : « Mon premier contact avec la grotte Chauvet date du 29 décembre 1994. Je suis allée en faire l’expertise. Ça a été de grands chocs, une des grandes émotions scientifiques de ma vie, probablement la plus importante, je ne m’y attendais pas. Le matin on est monté à cette grotte avec les trois découvreurs et là c’était l’émerveillement parce que tout scintillait. La grotte elle est belle, et je suis heureux de voir que ça a été restitué dans l’espace hors institution, c'est-à-dire qu’il y a toutes ces stalactites, ces stalagmites, ça scintille, c’est beau, la grotte est belle en soi. »

 

Pour Jean Clottes, la caverne du Pont-d’Arc est donc une reproduction très fidèle. C’était indispensable, car l’objectif final était d’arriver à provoquer chez le visiteur la même émotion dans la réplique que dans l’originale. Il fallait donc prendre en compte, tous les paramètres de la grotte Chauvet : la forme des rochers, la température, l’humidité, l’éclairage, la présence de crânes d’ours sur le sol, les traces de pas, les odeurs et bien sûr ses dimensions. La grotte originelle mesure 8 000 mètres carrés et la réplique, seulement 3 000 mais après avoir mesuré, scanné, photographié l’originale sous toutes les coutures, les architectes ont fait ce qu’on appelle une anamorphose : ils ont en quelque sorte replié la grotte sur elle-même pour la réduire tout en lui restant fidèle.

Les scientifiques étaient maîtres d’œuvre, pendant cette re-création tout s’est fait en étroite collaboration avec eux. Il a fallu inventer des matériaux pour construire les rochers. Et les artistes d’aujourd’hui ont redessiné ces scènes animales avec les mêmes techniques, le même geste, mais sur un support différent.

Un art narratif

Mais au-delà de l’aspect esthétique, qu’apprennent ces œuvres sur ces lointains ancêtres ? Jean-Michel Geneste, qui est directeur scientifique de la grotte Chauvet depuis 2002, explique devant la reproduction des plus belles peintures de cette grotte qu’« il y a une histoire de leur réalisation et que nous avons des informations sur les superpositions. Vous voyez dessous qu’il y avait la gravure d’un rhinocéros et d’un bison qui a préexisté. Ici, des aurochs et des chevaux, ici, plutôt des lions et des chevaux qui interagissent. Donc nous sommes en légitimité et du point de vue archéologique d’interpréter comme des symboles et qu’à ce moment-là l’art est déjà symbolique puisque dans tout ce qu’ils pouvaient représenter dans le monde, ils ont choisi ces six espèces et pas d’autres et les ont mises en scène avec un certain nombre de régularité et de règles. Et là nous sommes confrontés à un art qui est narratif, qui diffuse un récit et qui colle certainement avec cette tradition millénaire des traditions orales et des mythes qui étaient ceux des personnes, des groupes de cette époque qui venaient ici fréquenter cet espace. »

Et pour voir de nos yeux ces œuvres d’art, il faudra attendre jusqu’au 25 avril, jour de l’ouverture de la grotte au public.

Caverne du Pont d'Arc - rhinocéros
La Caverne du Pont d'Arc - le petit rhinocéros réalisé au charbon de bois. | Sébastien Gayet / SYCPA

 

Posted on 2015/11/23 - Modified on 2015/11/23

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