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Le vaccin contre le coronavirus, le nouveau totem de la souveraineté économique

Le vaccin contre le coronavirus, le nouveau totem de la souveraineté économique
Les procédés de fabrication d'un vaccin sont souvent longs et délicats.
iStock / Neznam
Le 16 juin, le président Macron se rend dans une usine de Sanofi dans le sud-est de la France, pour parler vaccin. Le gouvernement français, comme nombre de ses homologues, est plus que jamais impliqué dans cette quête frénétique du Graal contre le coronavirus.

04'15" - Première diffusion le 16/06/2020

Cette compétition mondiale qui oppose principalement les 5 grands laboratoires (Glaxo GSK, Sanofi Pasteur, Merck, Pfizer, Johnson and Johnson, Astra Zeneca ) capables de mener à bien le processus de la découverte jusqu’à la fabrication d’un vaccin serait devenu un enjeu comparable à la conquête de l’espace dans les années 60. C'est-à-dire une question de nationalisme économique. Pour sécuriser leur approvisionnement, avec si possible des usines sur leur territoire, et aussi pour redorer leur blason souvent terni par leurs errements dans la gestion de la pandémie les gouvernants sortent le carnet de chèque, avec le secret espoir d’être associé au fabricant qui remportera cette course folle. Une centaine de projets sont dans les tuyaux, mais un seul sera pour ainsi dire gagnant, le premier qui sera validé. Car sur le marché des vaccins, il faut être le premier pour rafler la mise.

L’Allemagne a fait sensation hier en annonçant une participation de 300 millions d’euros dans le capital de la biotech CurVac

Celle que lorgnait Donald Trump pour sa molécule vaccinale prometteuse. CurVac qui a déjà eu un apport de 80 millions d’euros de la Commission européenne va donc bénéficier de larges moyens pour finaliser sa découverte. L’État allemand détiendra environ le quart des actions de cette jeune pousse. L’administration américaine a déjà injecté 2 milliards de dollars dans les laboratoires les plus avancés, dont Sanofi Pasteur ce qui a suscité une belle polémique en France quand son PDG a laissé entendre qu’il servirait d’abord le marché américain. Mais cette polémique est maintenant oubliée. La Chine, elle aussi, soutient à fond ses champions pharmaceutiques en rêvant de réaliser un nouveau numéro de diplomatie sanitaire une fois le vaccin trouvé. La Russie s’est aussi engagée dans cette bataille. Quant à la France, elle multiplie les accords pour s’assurer un accès au produit. Il y a eu le marché passé la semaine dernière avec Astra Zeneca lui garantissant un certain nombre de doses, et il y aura sans doute aujourd’hui une nouvelle annonce avec Sanofi, entreprise dans laquelle l’État a prudemment augmenté sa participation en avril dernier.

Les géants de la pharmacie ont-ils vraiment besoin de ces financements publics ?

Pour le vaccin, il existe une multitude de coalitions de bailleurs qui financent les recherches des laboratoires. L’apport de l’argent public est un bonus bienvenu, car les investissements sont colossaux et le risque est grand pour l’entreprise. Ce marché est tout petit, il ne pèse que 35 milliards de dollars à mettre en relation avec un marché global de la pharmacie de 1 200 milliards de dollars. Et les retombées demeurent aléatoires. Le vaccin contre la dengue qui devait rapporter un milliard de dollars à Sanofi se vend moins bien que prévu. Pour les grands labos, ce soutien étatique c’est un gage de commandes publiques, et une caution morale si jamais une défaillance de leur vaccin les exposait à des poursuites judiciaires. En contrepartie ils peuvent être soumis à des pressions amicales pour garantir des prix abordables. Dans le cas du coronavirus qui a fait déjà plus de 400 000 morts la chasse au profit parait difficilement soutenable.

Ce « nationalisme vaccinal », salutaire ou néfaste pour la recherche ?

L’OMS estime que c’est contre-productif. Et on voit en France que le président Macron cherche d’un côté à s’assurer une certaine souveraineté sur la fabrication du vaccin et de l’autre promet une coopération internationale pour partager les bienfaits du vaccin. Dans la réalité, les attentes sont tellement fortes qu’on risque bien d’assister à une bataille comparable à celle des masques une fois qu’un vaccin sortira. Car la production à grande échelle d'un produit réclamé au même moment dans le monde entier est une prouesse industrielle, on évoque déjà les pénuries de flacon ou de seringue, sans parler de la disponibilité des usines nécessaires à la fabrication de la molécule. Il faut aussi raison garder rappellent les chercheurs : la découverte du vaccin n’est pas automatique, on attend toujours celui qui nous immunisera contre le sida ou l’hépatite C.

Posted on 2020/06/22 - Modified on 2020/07/29 - By Dominique Baillard

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