Dépistage du cancer: une étude relativiserait son impact sur la mortalité
De nos jours, 2 malades sur 3 sont encore en vie cinq ans après le diagnostic du cancer.
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Dépistage du cancer: une étude relativiserait son impact sur la mortalité

Une étude comparative entre différents pays d'Europe -conduite par l'équipe de Philippe Autier International Prevention Research Institute (Lyon, France)- suggère que les programmes de dépistage n'ont eu que peu d'impact sur la réduction de la mortalité par cancer du sein ces 20 dernières années. Le Dr Jérôme Viguier, quant à lui, responsable du département dépistage à l'Institut national du cancer (INCa), émet des réserves sur la méthodologie de l'étude.
By RFI -

Dépister à temps pour mieux soigner ne serait-il pas concluant ? « J'ai moi même beaucoup poussé au dépistage du cancer du sein dans les années 1990 », a déclaré le Dr Philippe Autier, épidémiologiste, poursuivant : « Depuis que nous étudions les effets à long terme sur la mortalité, pas mal de données nous montrent que l'impact est soit faible soit nulIl y a des interrogations et il est temps d'y apporter des réponses, parce qu'on ne peut pas continuer à promouvoir quelque chose qui peut-être n'est pas très efficace tout en provoquant un certain nombre de sur-diagnostics », a-t-il ajouté.

Mieux vaudrait améliorer les traitements et les systèmes de santé

Partant de ce constat et pour vérifier ses hypothèses, l'équipe de Philippe Autier (International Prevention Research Institute, Lyon, France) a comparé l'évolution de la mortalité par cancer du sein dans « trois paires » de pays européens ayant un système de soins similaire, mais avec une différence dans l'ancienneté de la mise en place d'un programme de dépistage.

  • Entre 1989 et 2006, la mortalité par cancer du sein a décru de 29% en Irlande du Nord (dépistage organisé depuis le début des années 90) contre 26% en République d'Irlande (introduction du dépistage organisé en 2000).
  • Elle a diminué de 25% aux Pays-Bas (programme de dépistage organisé introduit en 1989 et généralisé en 1997) contre 20% en Belgique (programme national de dépistage mis en place en 2001) et 25% en Flandre, partie néerlandophone de la Belgique.
  • La baisse a été de 16% pour la Suède (pionnière en matière de dépistage,
    dès 1986) contre 24% en Norvège (programme généralisé en 2005).

Selon les auteurs de cette étude, ces comparaisons de résultats laissent à penser que le dépistage n'a pas joué un rôle direct dans les réductions de mortalité ces dernières années. Les progrès des traitements et l'amélioration des systèmes de santé « peuvent être des explications plus plausibles », estiment-ils.

Une étude dont la méthodologie est contestée

Le Dr Jérôme Viguier, quant à lui, responsable du département dépistage à l'Institut national du cancer (INCa), a émis des réserves sur la méthodologie de l'étude, publiée ce 29 juillet 2011 en ligne dans le British Medical Journal (BMJ) : « L'amélioration du pronostic du cancer du sein est quelque chose de multifactoriel. C'est très difficile de faire la part entre les différentes évolutions qui sont complémentaires et qui ont été menées parallèlement »

Ce médecin souligne également que la diminution de la mortalité, même si elle est l'objectif d'un dépistage systématique, n'est pas son seul effet : « Le but d'un dépistage systématique, c'est aussi d'arriver plus tôt dans la maladie, pour avoir des traitements moins lourds, moins mutilants, avec moins de séquelles », a-t-il souligné.

Étude menée par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC, émanation de l'Organisation mondiale de la santé)

Le chercheur se montre optimiste pour l'avenir, estimant que la tendance à la baisse de la mortalité devrait se poursuivre en Europe. Il explique qu'il faudra en effet attendre 5 ou 6 ans pour pouvoir mesurer l'effet sur la mortalité des nouveaux médicaments très efficaces apparus ces dernières années, comme l'herceptine.

Des progrès sont également encore possibles chez les femmes plus âgées pour lesquelles les médecins ont tendance à ne pas utiliser l'arsenal thérapeutique le plus puissant.

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes dans le monde, avec 1,4 million de nouveaux cas estimés en 2008. C'est aussi la forme la plus fréquente de décès par cancer chez les femmes.

Posted on 2016/01/25 - Modified on 2016/01/25

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