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Coronavirus: qu’est-ce que la dexaméthasone, le nouveau traitement «miracle» ?

La dexaméthasone est un corticoïde anti-inflammatoire.
La dexaméthasone est un corticoïde anti-inflammatoire.
Yves Herman/REUTERS
Alors que l’épidémie de coronavirus contamine chaque jour plus de patients, pour la première fois un essai clinique de grande ampleur semble avoir donné des résultats positifs. Les promoteurs de Recovery, conduit au Royaume-Uni, ont en effet annoncé avoir observé un effet bénéfique avec un traitement à base de dexaméthasone.

03'38" - Première diffusion le 18/06/2020

La molécule est connue ; il s’agit d’un corticoïde anti-inflammatoire, qui a en plus l’avantage d’exister sous forme générique et donc abordable. La dexaméthasone a justement été intégrée dans l’essai Recovery pour ses propriétés anti-inflammatoires. « On sait que dans la forme grave du Covid-19, il y a un emballement de la réponse inflammatoire qui vient aggraver l’état du patient », explique Frédérique Adnet, chef du service des urgences à l’hôpital Avicenne (AP-HP). « C’est dans cette optique que la dexaméthasone est utilisée : pour lutter contre ce qu’on appelle l’orage cytokinique, l’emballement de l’inflammation provoqué par la maladie. »

Cette molécule n’agit donc pas contre le coronavirus SARS-CoV-2 lui-même, ce n’est pas un anti-viral. On l’utilise pour limiter les dégâts qu’il cause à l’organisme pendant que le système immunitaire combat effectivement le virus.

Selon les promoteurs de l’essai Recovery, son utilisation permettrait de diminuer la mortalité des personnes atteintes des formes les plus graves du Covid-19. Pour s’en assurer, ils ont administré la molécule à 2 104 patientes pendant dix jours, et ont ensuite comparé leur évolution clinique à plus de 4 300 malades qui n’ont seulement reçu que les soins habituels contre la maladie.

Les résultats annoncés sont prometteurs : pour les personnes les plus atteintes et qui nécessitaient une intubation, les responsables de l’essai ont observé une diminution d’un tiers de la mortalité. Le bénéfice est toujours présent mais est moins net pour les cas moins critiques mais qui avaient toujours besoin d’une assistance respiratoire : la mortalité a cette fois diminué de 20%. En revanche, il n’y a pas eu d’effet observé pour les formes moins graves du Covid-19.

On est donc loin d’avoir trouvé un remède total contre le Covid-19, puisque si l’efficacité de la dexaméthasone est avérée, elle n’agirait que pour les personnes les plus atteintes. Cela reste intéressant, puisque ces personnes sont justement les plus à risque ; on estime ainsi que la mortalité des malades intubées se situe entre 30% et 40%. Parvenir à diminuer ce taux serait donc une très bonne nouvelle.

Depuis le début de l’épidémie, les annonces de traitements se sont succédé et les espoirs soulevés ont souvent été déçus. Dès lors, quel crédit accorder à cette découverte ?

Sur le papier, Recovery est un essai clinique robuste. Sa cohorte est importante, et l’efficacité des traitements administrés est comparée à un groupe contrôle. C’est un type d’essai qui apporte un très bon niveau de preuve s’il est bien mené.

Cependant, en annonçant leurs résultats par communiqué de presse, ses promoteurs sont tombés dans un travers malheureusement devenu fréquent depuis le début de la pandémie : ils n’ont présenté aucune preuve. Pour juger de la bonne tenue de cette étude, la communauté scientifique ne dispose en effet aujourd'hui que d'un communiqué et d'une conférence de presse. Les données n'ont pas été publiées, et il n'y a pas encore eu d'article dans une revue scientifique à comité de lecture. Les responsables de Recovery annoncent cependant leur publication dans les prochains jours. Pour avoir des certitudes, il faudra également que ces résultats soient reproduits de façon indépendante.

Toutes ces réserves n'ont cependant pas empêché les autorités sanitaires britanniques de généraliser l'usage de la dexaméthasone. Elle sera désormais administrée en traitement standard aux patients en réanimation au Royaume-Uni. L’Organisation mondiale de la santé s’est, quant à elle, félicitée « d’une percée scientifique », par la voix de son patron, le Dr Tedros. L’OMS va également lancer prochainement une « méta-analyse » des données dont elle dispose sur la dexaméthasone pour actualiser ses directives concernant ce potentiel traitement.

Posted on 2020/06/22 - Modified on 2020/06/22 - By Simon Rozé

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