Messe à l'église de la Sainte-Famille, à Kigali, le 6 avril 2014.
Messe à l'église de la Sainte-Famille, à Kigali, le 6 avril 2014.
Noor Khamis/Reuters
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Vingt ans après, le Rwanda se souvient

Les cérémonies marquant le 20e anniversaire du génocide s’ouvrent à Kigali. Le coup d’envoi sera donné par le président rwandais qui allumera la flamme de l’espérance au mémorial de Gisozi. La suite des événements se déroulera au stade Amahoro, en présence d’une demi-douzaine de chefs d’État et du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon.
By RFI -

Avec notre envoyé spécial à Kigali

L’acte I de cette journée de commémorations se déroule au mémorial de Gisozy. La flamme du souvenir qui a sillonné le pays depuis janvier doit y être remise au président Kagame qui allumera la lampe du mémorial. Un geste qui marquera le coup d’envoi des commémorations.

Les cérémonies se déplaceront ensuite au stade Amahoro, qui a reçu une fraîche couche de peinture verte, jaune et bleue, les couleurs du drapeau rwandais. Sont prévus, au-delà des discours officiels, des témoignages de rescapé, et un spectacle. La performance « Kwibuka 20 », « Souviens-toi il y a 20 ans », devrait revenir sur les principales séquences de l’histoire du Rwanda, des centaines de comédiens et danseurs évolueront sur une scène dressée au milieu de la pelouse, au pied d’une structure de bambou en forme de flamme. Trois rampes en arc desservent le gazon. Elles permettront aux danseurs de quitter et regagner autant qu'ils le veulent la scène.

D’une vue aérienne, l’ensemble évoque un tourbillon, un ouragan. C’était l’intention du directeur artistique et metteur en scène irlandais Matt Deeley : « Pas moins de 700 jeunes danseurs ont été recrutés pour le spectacle, à un moment de la pièce ils devraient brutalement se coucher pour évoquer là encore les vies prises durant les trois mois du génocide ».

Matt Deeley a reçu le feu vert du gouvernement pour cette scène, et espère qu’il ne déclenchera pas trop de traumatismes chez les spectateurs. Les crises sont fréquentes durant ces commémorations. D’après le cahier des charges transmis par le gouvernement rwandais, Matt Deeley doit produire un événement historique, positif et exaltant. La pièce évoquera donc la période coloniale du Rwanda mais aussi la façon dont le pays s’est relevé et développé depuis le génocide. Elle devrait s’achever sur un chœur d’enfants censé incarner l’espoir le futur et la réconciliation.

Le Parlement accueillera le troisième acte, des jeunes inscriront des messages sur des rubans avant d’entamer une marche du souvenir en direction du stade Amahoro qui accueillera la veillée, en toute fin d’une journée placée sous le signe de la mémoire de l’unité et de l’avenir. « Remember, Unite, Renew », les trois thèmes de la commémoration.

L'émotion toujours intacte

Si ce 20e anniversaire revêt une ampleur exceptionnelle, ce n'est pas par hasard. C'est que les témoins sont toujours là et que les experts nous livrent des explications de la tragédie. Ainsi, depuis quelques jours à Kigali, les rescapés croisent des universitaires venus du monde entier. Vingt ans après le génocide, l’émotion est toujours là, presque intacte, notamment chez les victimes qui restent traumatisées. Le recul des experts permet maintenant de prendre toute la dimension de l’horreur.

Après l’extermination des juifs par l’Allemagne nazie, il a fallu attendre de longues années avant que ne sorte le livre de Raul Hilberg, La Destruction des juifs d’Europe, ou que se tienne le procès Eichmann. Après le génocide des Tutsis, il a fallu aussi des années et des années d’étude de terrain pour identifier tous les signes annonciateurs et pour comprendre comment des centaines de milliers de pères de famille ont pu participer à cette effroyable tuerie. Il a fallu encore les procès-fleuves du Tribunal pénal international pour le Rwanda pour entrer dans l’univers mental de grands criminels comme Théoneste Bagosora ou Pauline Nyiramasuhuko.

Vingt ans après, un constat s’impose : il y a des paroles qui tuent autant que les machettes, et débusquer ces paroles, c’est peut-être empêcher qu’un tel drame ne se reproduise un jour.

Posted on 2019/04/04 - Modified on 2019/04/04

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