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Tunisie: huit ans pour rien ?
Le siège de l'UGTT, l'Union générale tunisienne du travail, à Tunis.
REUTERS/Zoubeir Souissi
En Tunisie, huit ans quasiment jour pour jour après la révolution dite « du jasmin » qui a fait fuir le dictateur Ben Ali et lancé les printemps arabes, la question sociale reste brûlante. La centrale syndicale UGTT appelle à la grève générale dans la fonction publique. Elle réclame une augmentation des salaires pour faire face à la hausse du coût de la vie.

03'48'' - Première diffusion 17/01/2019

L'UGTT qui a joué un rôle pivot dans la révolution et la transition démocratique ressort pour cela les slogans de la Révolution pour plus de dignité et de travail.

Difficile de ne pas y voir un constat d'échec pour les gouvernements qui se sont succédés ces huit dernières années. Pour beaucoup de Tunisiens, la situation économique et sociale ne s'est pas améliorée depuis 2011.

Elle a même empiré. Aujourd'hui, le pays fait face à une inflation record qui frôle les 8 %. Le dinar, a perdu la moitié de sa valeur ces quatre dernières années. Tout augmente et dans les magasins, de nombreux produits ont disparu. Le chômage, lui culmine à 15 % : il est deux fois plus dans les régions déshéritées de l'intérieur où s’est enclenchée la révolution.

Pourtant le gouvernement actuel a lancé un plan de développement qui se voulait ambitieux

« Tunisie 2020 » doit booster la croissance. Les chiffres sont d'ailleurs bons. Les bailleurs internationaux qui se pressent au chevet de la jeune démocratie lui adressent un satisfecit quasi général.

La croissance atteindra 2,9 % cette année selon la Banque mondiale. Le Fonds monétaire international finance en partie le programme national qui permet par exemple au secteur-clé comme le tourisme de croître de 30 % cette année après les années sombres post-attentat. Mais ce que dénonce l'UGTT aujourd'hui, c'est le volet des « réformes » qui conditionne l'aide. Pour la centrale syndicale, les difficultés économiques sont largement imputables au rôle du FMI.

Est-ce que c'est véritablement le cas ?

Ce qui est vrai, c'est que la politique monétaire de l'État tunisien suit les recommandations du FMI. L'objectif est de faire baisser le dinar pour favoriser les exportations et attirer les investissements étrangers. Cela renforce évidemment l'inflation que le nouveau gouverneur de la Banque centrale, Marwane Abassi, tente bon an mal an de la juguler.

Le FMI souhaite aussi que l'État tunisien réduise d'urgence sa masse salariale qui représente 40 % du budget afin de réduire un déficit abyssal et par là même une dette qui a explosé depuis 2011.

Cela veut dire que le gouvernement d'union nationale doit mettre un frein à la tendance qui a consisté ces dernières années à augmenter de façon erratique, anarchique cette masse salariale.

On parle des fonctionnaires, mais quelle réponse pour les Tunisiens qui n'ont pas de perspective de travail ?

Huit ans après, les jeunes Tunisiens sont les grands oubliés de la Révolution. Ce n'est pas faute de se rappeler au bon souvenir des gouvernements car, hiver après hiver, ils manifestent. Ils affrontent parfois les forces de l'ordre, malgré l'état d'urgence.

Le 24 décembre 2018, c'est un jeune journaliste - pas le plus malheureux - Abderrazak Zorgui qui s'est immolé par le feu à Kasserine un des foyers de la révolution. Tout un symbole qui montre à quel point le malaise est profond et concerne une large partie de la jeunesse.

Les jeunes diplômés ne trouvent toujours pas leur place dans l'économie

Le paradoxe, c'est que ces jeunes diplômés sont plus durement touchés par le chômage que les non-diplômés. Alors quand ils ne se tuent pas, ils partent chaque année plus nombreux à l'étranger. Les autres tentent de survivre en travaillant dans un secteur informel que les gouvernements ont laissé grossir sans chercher à le réguler.

Le pays a besoin de réformes de fond, notamment une réforme du marché du travail et de la fiscalité, afin d’avoir les ressources pour investir massivement dans les régions délaissées. Autant de réformes jugées trop complexes et politiquement coûteuses par tous les gouvernements depuis 2011. Elles auraient impliqué (ces réformes) de remuer une structure faite de décennies de privilèges économiques concentrées dans quelques mains. La recherche du consensus politique a découragé de prendre à bras-le-corps ce chantier.

Le problème, c'est que cela a des conséquences politiques. La population qui voit monter en flèche les prix, et se développer comme jamais la corruption désespère de la politique.

Ce désespoir risque de se faire entendre de plus en plus fort à l'approche des élections présidentielle et législative de novembre 2019.

Posted on 2019/06/04 - Modified on 2019/07/12 - By Aabla Jounaïdi

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