Affiche du film «Hors-la-loi» de Rachid Bouchareb
Domaine public
Article

« Hors-la-loi »: pas encore la réconciliation

En septembre 2010, sort sur les écrans français ce film qui avait suscité beaucoup de débats au Festival de Cannes. Dans « Hors-la-loi », le réalisateur Rachid Bouchareb raconte le destin de trois frères, des survivants du massacre de Sétif en 1945, qui vivent dans un bidonville de Nanterre aux portes de Paris. Ils sont emportés dans la tourmente de la guerre d'indépendance algérienne. Entre histoire officielle et histoire vécue, « Hors-la-loi » se veut le deuxième volet d'une trilogie entamée avec « Indigènes » dont les interprètes avaient reçu collectivement le prix d'interprétation à Cannes en 2006.
By Isabelle Chenu -

Ce film est aussi la France. »

signe plus

 Rachid Bouchareb, réalisateur.

« Moi, je n’ai pas à prendre en charge non plus toute l’histoire. Je fais du cinéma. Moi je n’ai pas fait ce film là et je ne discuterai pas avec les gens qui veulent faire du film un champ de bataille. » Il a la voix qui tremble Rachid Bouchareb, son film Hors-la-loi a été projeté à Cannes sous haute surveillance. Des anciens rapatriés d'Algérie l'accusaient - sans avoir vu le film - d'avoir falsifié la vérité historique sur les massacres de Sétif du 8 mai 1945, massacres perpétrés par l'armée française en représailles d'un début de soulèvement algérien.

Aujourd'hui, le ton est posé. La polémique est retombée. Reste un film. Hors-la-loi retrace le combat d'hommes qui veulent devenir libres : « Il n’y a que cette idée qui compte, explique le réalisateur, c’est comment se libérer de l’occupation. Oui là, c’est le FLN (le Front de libération nationale), mais c’est la même chose pour moi dans toutes les révolutions. Ça s’appelle là le FLN, d’accord mais ça peut s’appeler l’ANC (Congrès national africain) en Afrique du Sud. Mandela a été un militant. Il a sacrifié sa vie. Il a refusé de sortir de prison tant que les conditions ne lui convenaient pas ».

Image de Hors la loi

© Studio Canal

Hors-la-loi est donc l'histoire de trois frères et de leur mère, survivants du massacre de Sétif, partis d'Algérie en direction du bidonville de Nanterre aux portes de Paris. Roschdy Zem incarne un soldat perdu de retour de la guerre d'Indochine, Sami Bouajila un idéologue tout entier voué à la révolution.

Sami Bouajila, à la fois fier de son rôle et agacé d'être comparé à son personnage : « On ne va pas se leurrer qu’entre nous autres acteurs d’origine maghrébine, Français qui sommes nés là et qui à travers un film, écrit par quelqu’un qui a la même complexité que nous à savoir la même histoire, oui évidemment qu’inconsciemment on va trouver des espaces dans lesquels on va pouvoir se déverser, s’approprier, prendre la parole,

La France a changé depuis. J’étais certain que la France reste une terre de liberté... Les gens n’ont pas peur des films comme celui-là. »

signe plus

 Rachid Bouchareb, réalisateur

« On aimerait bien aussi que nous autres, on puisse se servir de notre mixité, de notre métissage comme un atout et non comme quelque chose qui peut nous plomber ou nous tirer vers le bas, ou qui ne soit pas compris et dans tous les cas, qui visiblement pour le moment, parasite plus qu’autre chose ».

Le dernier des frères, Said, est un petit malfrat interprété par Jamel Debbouze. Peu concerné par la politique, implanté à Pigalle, il est décidé à conquérir sa liberté par l'argent et le sport. L'acteur s'est identifié à son rôle : « C’est un personnage qui est un petit peu en marge de l’histoire, qui ne rentre pas pleinement dans la révolution et je  pense que certainement, c’est quelque chose que j’aurais choisi de faire moi personnellement parce que ça fait mal, ça pique la révolution. J’ai vu un peu ce que ça avait fait comme dégâts au sein de cette famille et au sein de nombreuses familles en Algérie et j’ai compris facilement les gens qui n’ont pas participé à cette bagarre parce que ça les submergeait. Mais en même temps, je suppose qu’ils n’ont pas eu d’autres alternatives et que comme tout le monde, ils ont été obligés d’être pris par le flot de l’histoire ».

Hors-la-loi n'est pas encore le film de la réconciliation franco-algérienne, mais l'action y est efficace et Rachid Bouchareb parvient à nous émouvoir.

em Hors-la-loi - photo 2

© Studio Canal

 

signe plus

 Rachid Bouchareb, le réalisateur de Hors la loi, était l’invité de Culture vive sur RFI.

Posted on 2020/07/02 - Modified on 2020/07/30

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias