Visuel Instagram du docu-fiction "Walled in Berlin"
Visuel Instagram du docu-fiction "Walled in Berlin"
© Walledinberlin
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Docu-fiction: «Walled in Berlin», la vie autour du Mur en 30 posts

À partir du 18 novembre, l’occasion des 30 ans de la chute du Mur, le documentaire-fiction « Walled in Berlin » met en scène, à travers une bande dessinée, l’histoire inspirée de faits réels de trois personnages berlinois.
By Romain Philips -

Nous sommes en 1962. Le Mur de Berlin coupe la capitale allemande en deux depuis maintenant un an. Willi, un apprenti tailleur réquisitionné pour être garde-frontière sur le mur, Marienneta, une résistante autrichienne et Dorit, une mère de deux enfants qui tentent de fuir la RDA, appréhendent chacun à leur manière la division. Entre la peur de tirer sur un fugitif, la crainte de se faire arrêter ou l’effroi de voir ses enfants se faire tuer, Walled in Berlin, un docu-fiction bientôt diffusé sur Instagram, retrace, en bande dessinée, la vie de ces Berlinois.

« L’idée, c’est de raconter trois univers à la fois géographiquement, car on se situe à l’Est, à l’Ouest et sur la frontière, socialement, professionnellement et psychologiquement différents », explique Joffrey Lavigne, qui a co-écrit l’histoire avec Marguerite Boutrolle. « On a fait le choix de l’année 1962, car elle est un peu spécifique. C’est un an après la construction du Mur, il y a beaucoup de tentatives de désertion, d’assassinats, etc. La population berlinoise se rend compte que la situation va durer, alors qu’au départ, il y avait une sorte de stupéfaction et une idée que le Mur n’allait pas rester longtemps », ajoute-t-il.

« Le Mur du repli sur soi »

Le docu-fiction se forme autour de deux parties. Une première, fictive, avec des publications quotidiennes en bande dessinée pour raconter l’histoire des personnages, et une seconde axée « documentaire » qui « vient éclairer certains points du récit », détaille Louise Genis-Cosserat, la productrice. « On va apporter des éclairages historiques sur des sujets traités dans la fiction pour contextualiser l’histoire dans le réel. Pour Willi, par exemple, on documente avec des archives sur la politique de la RDA (République démocratique allemande, NDLR) en matière de répression des fugitifs », argumente-t-elle.

Au-delà du Mur de Berlin, à travers leurs recherches, c’est une réflexion sur le « Mur en tant que frontière » qui a été menée, décrit Joffrey Lavigne, qui souhaite « raconter quelque chose sur notre présent ». Après plus de six mois de recherches, il en arrive à la conclusion que celui de Berlin est un cas à part. Rien à voir avec la frontière que Donald Trump veut ériger entre les États-Unis et le Mexique, par exemple. « Le Mur de Berlin est très spécifique, car c’est le seul mur qui a pour but d’enfermer sa population plutôt que de la protéger. C’est vraiment le mur du repli sur soi », analyse-t-il.

Plusieurs mois de recherches dans les musées, les lieux historiques et les archives berlinoises, aux côtés d’historiens, ont été nécessaires pour intégrer un maximum de réel à ces fictions. « Énormément de gens qui ont fui ont raconté leurs histoires. Il y a eu tout un travail d’enquête sur les récits. Soit ils venaient de témoignages après la chute du Mur, soit il s’agissait de rapports de la Stasi (la police politique de la RDA, NDLR) ou d’institutions », raconte Joffrey Lavigne.

Documentaire ou fiction ?

Alors pourquoi ne pas conter ces histoires vraies issues des archives ? « La liberté d’avoir des personnages de fiction permet de se libérer des contraintes du réel, notamment sur les lieux, les archives et donc on peut en profiter pour libérer la création », explique le réalisateur.

Il faut toutefois bien différencier le fictif du réel. « Les téléspectateurs peuvent être induits en erreur et ne plus savoir où se situe le curseur entre fiction et faits réels ; d’où l’importance d’un ensemble de mesures concrètes permettant au public de différencier aisément fiction et réalité », estime Lise Henric, chercheuse à l’IAE (Institut d'administration des entreprises) de Poitiers dans son article intitulé « Le docu-fiction, entre création originale et documentaire », publié dans la Revue française des sciences de l’information et de la communication. « On utilise tous les outils d’Instagram pour construire une narration et dissocier le fictif du réel », détaille la productrice. « Les stories seront uniquement dédiées à la partie documentaire et les publications seront exclusivement réservées à la bande dessinée, au fictif », selon elle. Un espace de questions-réponses sur la partie documentaire sera également dédié à l’échange avec le public via les commentaires sur la bande dessinée et les stories.

Tous nos contenus sur la chute du Mur de Berlin

Posted on 2019/11/14 - Modified on 2019/11/14

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