Des soldats bangladais surveillent la gare de Kamalapur après une explosion de bombe, à Dacca, le 1 mai 2007.
Des soldats bangladais surveillent la gare de Kamalapur après une explosion de bombe, à Dacca, le 1 mai 2007.
Farjana K.Godhuky/AFP
Article

Une pendaison à haut risque

Shaikh Abdur Rahman et Siddiqul Islam Bangla Bhai, respectivement n° 1 et n° 2 d'un des mouvements islamiques les plus radicaux du Bangladesh, le Jamayetul Mujahideen Bangladesh, ainsi que quatre de leurs acolytes ont été pendus, le vendredi 30 mars, dans leurs prisons. Les forces de sécurité sont en état d'alerte. Le gouvernement craint des actions de représailles.
By Marion Urban -

Shaikh Abdur Rahman, qui a été pendu vendredi 30 mars 2007, était le militant islamiste le plus recherché de tout le pays jusqu’à son arrestation il y a deux ans.

Il serait la tête pensante de plusieurs centaines d’attentats qui ont ensanglanté le Bangladesh, dont ceux du 17 août 2005. Ce jour-là, à 30 minutes d’intervalle, aux alentours de midi, les militants du Jamayetul Mujahideen Bangladesh (JMB), une organisation qui aurait des liens avec al-Qaïda, font exploser près de 460 bombes dans une soixantaine de villes. Il y a plusieurs dizaines de morts, dont 4 kamikazes, et 200 blessés.

Le JMB laisse des tracts sur les lieux des explosions, proclamant :
« Nous sommes les soldats d’Allah, nous avons pris les armes pour que la loi d’Allah soit appliquée selon les préceptes séculaires du prophète, de ses compagnons et de ses héroïques combattants (…) il est temps d’appliquer la loi islamique au Bangladesh. Il n’y a pas d’avenir dans le cadre de la loi créée par l’homme ».

À l'ombre des talibans

Avant de fonder le Jamayetul Mujahideen Bangladesh, Shaikh Abdur Rahman aurait effectué plusieurs voyages au Pakistan et en Arabie Saoudite. Selon la presse locale, il aurait également séjourné en Afghanistan sous le régime des Talibans et, à cette occasion, aurait tissé des liens avec d'autres réseaux terroristes.

À son retour au pays, il occupe les fonctions de traducteur dans une agence de recrutement de travailleurs pour l’Arabie Saoudite. « Une officine de recrutement de militants islamiques », assurent les services de renseignements du Bangladesh.

L’origine du JMB se situerait aux alentours de 1998 et 1999, mais certains spécialistes du terrorisme pensent qu’il peut avoir connu des avatars un peu plus tôt.

Les groupes islamistes qui pullulent au Bangladesh –un état musulman laïc- se réjouissent en octobre 2001 lorsque Khaleda Zia accède pour la seconde fois au pouvoir. La Première ministre ne doit son mandat qu’à une coalition de quatre partis, dont deux partis islamiques, le Jamaat e-Islami et l’Islami Oikya Jot, sont liés à des groupes extrémistes.

Un réseau de 10 000 militants à temps plein

Financé par le Koweït et l’Arabie Saoudite, le JMB se lance dans la construction de mosquées et de madrassas, où l’on n’apprend pas seulement le Coran et ses préceptes comme les autorités le découvriront plus tard.

Pressée par la communauté internationale et critiquée par son opposition qui lui reproche sa complaisance à l’égard des musulmans radicaux, Khaleda Zia décide de réagir.

Après l’arrestation d’une dizaine de militants du JMB en 2003, la police découvre un réseau de camps d’entraînement ayant des ramifications dans quelque 57 districts. Le mouvement réplique, en organisant plusieurs attentats, visant des bâtiments de l’administration, de la police et de la justice.

En proie au mécontentement croissant de sa population, la Première ministre renforce son action contre les militants jusqu’à déclarer le JMB hors-la-loi, en février 2005.

Publié en juin 2005 par la Ligue Awami, le principal parti d'opposition, un rapport sur les activités des mouvements extrémistes musulmans au Bangladesh, fait état alors de « 10 000 militants du JMB à temps plein et 100 000 à mi-temps ». Des documents découverts au cours de perquisitions révèlent que le JMB reçoit des dons d'expatriés qui lui permettent de verser un salaire mensuel à quelque 5 000 cadres.

Deux mois plus tard, le 17 août, près de 460 bombes placées par le JMB explosent.

La traque aux islamistes

Commence une vaste chasse à l’homme qui sera ponctuée d’une nouvelle série d’attentats. Chaque arrestation et condamnation de militants du mouvement entraînant une action de représailles de sa part.

Finalement, le 2 mars 2006, après une opération de police contre sa famille, Shaikh Abdur Rahman se constitue prisonnier, à Sylhet, une ville du nord-est, près de la frontière indienne. Lors de son procès, en mai, il reconnaît être l'organisateur de plusieurs attentats, dont celui qui coûta la vie à deux juges en novembre 2005.

Six des sept condamnés à mort (une condamnation par contumace) avaient appelé à la clémence présidentielle le 27 janvier 2007. La peine avait été confirmée le 4 mars.

Le gouvernement s’attend à ce que le JMB réagisse aux exécutions. Les mesures de sécurité ont été renforcées dans les villes, autour des bâtiments administratifs et des prisons où sont détenus les extrémistes.

 

Posted on 2017/06/28 - Modified on 2017/07/03

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias