Les chefs d’État de la Pologne, de l’Ukraine et des trois États baltes, lors d'une escale en Crimée le 12 août 2008.
Les chefs d’État de la Pologne, de l’Ukraine et des trois États baltes, lors d'une escale en Crimée le 12 août 2008.
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Pologne, Ukraine, pays baltes : front commun contre la Russie

Plusieurs pays de l’ancienne sphère soviétique ont clairement choisi leur camp dans le conflit armé entre Tbilissi et Moscou. Ils font front commun contre la Russie. Ce mardi, 12 août, les chefs d’Etat de la Pologne, de l’Ukraine et des trois États baltes sont à Tbilissi pour afficher leur soutien à la Géorgie. L’initiative diplomatique de quatre pays de l’UE et de l’Ukraine risque de compliquer la tâche à Nicolas Sarkozy, actuel président de l’Union européenne. En visite à Moscou et à Tbilissi, il cherche à contribuer à un règlement de la crise au nom des 27.
By Heike Schmidt -

Ces derniers jours, les présidents de la Pologne, de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie ne se sont pas embarrassés du langage diplomatique habituel. Se décrivant comme d’anciennes « nations captives » de l’URSS, ils ont appelé l’Union européenne et l’OTAN à s’opposer à la propagation de « la politique impérialiste et révisionniste dans l’est de l’Europe », dans une déclaration commune dès samedi, 9 août. Emmenés par la Pologne, les quatre pays, membres de l’UE depuis 2004, reprochent à leurs partenaires d’être trop accommodants envers la Russie. Ils souhaitent imposer une ligne plus ferme.

C’est le président polonais Lech Kaczynski qui a invité ses homologues à aller ensemble à Tbilissi à bord de son avion présidentiel, un Tupolev 154 de fabrication russe. A ses côtés pour cette mission de soutien pour la Géorgie: Les présidents estonien Toomas Hendrik Ilves, lituanien Valdas Adamkus et ukrainien Viktor Iouchtchenko. Le président letton étant à Pékin, c’est le Premier ministre Ivars Godmanis qui fait partie de la délégation. « Notre visite signifie la solidarité de nos cinq pays avec la nation géorgienne qui a été victime de l’agression », a dit Lech Kaczynski avant de s’envoler, « la Russie a une fois de plus montré son visage, son vrai visage ».

La Lituanie demande de l’aide militaire de l’OTAN                                                      

Le président lituanien, lui, est allé jusqu’à comparer la guerre en Géorgie avec l’annexion de la région des Sudètes par l’Allemagne en 1938 : « Nous ne pouvons pas nous permettre qu’un second Munich se reproduise, quand la communauté internationale s’est effacée devant Hitler », a affirmé Valdas Adamkus à la radio publique lituanienne avant son départ, « cela a conduit ensuite à la Seconde Guerre mondiale, à des tragédies immenses et à des millions de victimes ». Par ailleurs, la Lituanie a indiqué qu’elle demanderait à l’OTAN de fournir de l’aide militaire à la Géorgie. « Notre partenaire subit une agression militaire, nous devons prendre tous les moyens en notre possession pour l’arrêter », a déclaré à l’AFP Zygimantas Pavilionis, secrétaire d’Etat au ministère lituanien des Affaires étrangères. Dans un premier temps, la Lituanie, l’Estonie, la Lettonie et la Pologne ont demandé la suspension immédiate d’un accord facilitant la délivrance de visas aux Russes qui veulent se rendre dans l’Union européenne. Selon le président estonien Toomas Hendrik Ilves, « l’UE doit montrer à la Russie que l’agression ne restera pas sans conséquences ».

La coopération avec la Russie mise en question

Cette position très dure envers Moscou s’inscrit dans une politique de méfiance à l’égard de l’ex-occupant. Sous le joug de l’Union soviétique pendant 50 ans, les pays voisins ne sont pas prêts à considérer la Russie comme un partenaire fiable. « Est-ce que la famille des pays européens démocratiques peut poursuivre un dialogue mutuel favorable avec un pays qui utilise des armements lourds contre un Etat indépendant ? », c’est la question que la Pologne et les trois pays baltes ont posée à leurs partenaires européens samedi 9 août dans une déclaration commune. Pour eux, il est clair que l’offensive russe en Géorgie doit influencer les négociations avec la Russie, y compris les négociations sur le nouveau partenariat stratégique. La guerre en Géorgie semble donc leur fournir un nouveau prétexte pour ralentir le rapprochement de l’UE avec la Russie. Dans le passé, la Pologne et ensuite la Lituanie n’avaient pas hésité à bloquer les négociations d’un nouvel accord économique stratégique avec Moscou pendant 18 mois.

L’Italie et la Belgique contre une « coalition européenne antirusse »

Face à l’attitude très ferme de la Pologne et des pays baltes, l’Italie et la Belgique ont déjà mis en garde contre la constitution « d’une coalition européenne antirusse ». Consciente de sa dépendance énergétique, la chancelière allemande Angela Merkel semble, elle aussi, préférer une ligne plus souple. Afin de ne pas stigmatiser uniquement la Russie, elle évite soigneusement de prendre clairement parti pour l’un ou l’autre camp et insiste sur la nécessité d’un retrait complet des Géorgiens d’Ossétie pour aboutir à une solution pacifique.

Ce mercredi 13 août, les 27 ont l’occasion de peaufiner une position commune lors d’une réunion extraordinaire des ministres européens des Affaires étrangères. Au vu des divergences entre les partisans d’une ligne ferme et ceux qui optent plutôt pour une position modérée, la rencontre s’annonce difficile.

Posted on 2016/11/30 - Modified on 2017/01/05

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