Des fumées s'échappent à la suite d'une attaque aérienne menée par la coalition saoudienne dans la capitale yéménite Sanaa, le 16 juin 2020.
Des fumées s'échappent à la suite d'une attaque aérienne menée par la coalition saoudienne dans la capitale yéménite Sanaa, le 16 juin 2020.
Mohammed Huwais / AFP
Au temps de l’Antiquité, le Yémen, qu’on appelait aussi « Arabie Heureuse », est un pays prospère grâce à son agriculture irriguée et son important commerce avec l’Inde et l’Afrique. Au début du XXe siècle, ce territoire aux multiples royaumes est partagé entre deux présences étrangères : l’Empire ottoman au Nord (1848-1918), et l’occupation britannique au Sud (1839-1967). La République du Yémen naît en 1990, de la fusion entre le Yémen du Nord et le Yémen du Sud. En 2011, dans le sillage des « Printemps arabes », les Houthis, des chiites zaïdites qui représentent 40 % de la population yéménite à majorité sunnite, s’estiment écartés de la vie politique et se joignent aux mouvements de protestation, provoquant la chute du président Saleh au pouvoir depuis 33 ans. Courant 2014, la rébellion houthie gagne en puissance et s’empare de la capitale Sanaa, soutenue par l’Iran chiite. Le président Abd Rabbo Mansour Hadi se réfugie à Riyad et le 26 mars 2015 l’armée saoudienne, à la tête d’une coalition soutenue par les États-Unis, attaque la capitale yéménite. Après six ans de guerre, plus de 130 000 morts et 3,3 millions de déplacés, les belligérants ne semblent pas déterminés à cesser les hostilités. La seule issue est donc diplomatique, à condition que les principaux protagonistes, l’Arabie saoudite et l’Iran, acceptent de négocier. Et il y a urgence car selon l’ONU, ce conflit est la pire crise humanitaire au monde où 16 millions de Yéménites, soit environ la moitié de la population de 29 millions d’habitants, se retrouvent confrontés à la famine et aux épidémies de choléra et de Covid-19.
By Anoushka Notaras -

1962 : Le 18 septembre dans le nord du Yémen, décès de l’imam zaïdite Ahmad bin Yahya. Le 23 septembre, l’armée libre révolutionnaire dirigée par le général Abdullah al-Sallal prend le pouvoir par un coup d’État avec le soutien de l’Égypte et met fin au Royaume mutawakkilite du Yémen.

1962-1970 : Au Yémen du Nord, la guerre civile oppose les royalistes déchus soutenus par l’Arabie saoudite aux nationalistes soutenus par l’Égypte de Nasser. En 1967 l’Égypte, affaiblie, retire ses troupes du pays, entraînant l’arrêt progressif du soutien de l’Arabie saoudite aux royalistes. En 1970, royalistes et républicains forment un gouvernement de coalition. C’est la naissance de la République arabe du Yémen (RAY).

1967 : Le 30 novembre le Yémen du Sud, sous tutelle britannique depuis 1839, accède à l’indépendance sous la conduite du Front de libération nationale (FLN). Jusqu’à la fin des années 70, l’émigration massive et la fermeture du Canal de Suez aggravent la situation économique du pays déjà en situation de sous-développement. La République populaire du Yémen du Sud devient la République démocratique populaire du Yémen (RDPY), un État marxiste-léniniste à parti unique, le Parti socialiste yéménite (PSY). Au départ des Britanniques, les Soviétiques s’installent à Aden jusqu’à la réunification du Yémen.

1986 : Du 13 au 24 janvier, une guerre civile éclate à Aden, la capitale sud-yéménite, en raison de rivalités au sein du parti prosoviétique au pouvoir. Les combats à l’arme lourde font plus de 10 000 morts et d’importants dégâts matériels. Le président Ali Nasser Mohamed est destitué et remplacé par Haydar Abou Bakr al Attas qui était Premier ministre.

Unification des deux Yémen

1990 : Le 22 mai, la République arabe du Yémen (RAY) conservatrice, et la République démocratique populaire du Yémen (RDPY), marxiste réformatrice, s’unissent pour former la République du Yémen. La capitale est établie à Sanaa. Le général Ali Abdhallah Saleh, issu de la minorité chiite zaïdite, président du Yémen du Nord depuis 1978 et artisan de l’unification, est élu président. Ali Salem al-Bidh, sunnite et ancien secrétaire général du Parti socialiste du Yémen du Sud, devient vice-président.

1993 : Premières élections législatives remportées par le président Saleh et son parti le Congrès général du Peuple (CPG). Un gouvernement de coalition est formé avec les 2 autres partis, le Parti socialiste yéménite (PSY) et le Rassemblement yéménite pour la réforme (Al Islah, parti islamiste). Pour la première fois, les femmes participent au scrutin.

1994 : Les velléités de sécession du Sud entrainent des combats entre les armées sudistes et nordistes. Le président Saleh déclare l’État d’urgence, révoque le vice-président Ali Salem al-Bidh et reprend le contrôle d’Aden.

1999 : Première élection présidentielle au suffrage universel. Ali Abdhallah Saleh est élu avec 96,3 % des voix. Le parti Al Islah lui a apporté son soutien bien qu’il ne participe plus au gouvernement depuis les législatives de 1997. Les partis d’opposition eux, n’ont pas pris part au scrutin.

Des fronts multiples

2000 : Le navire militaire américain USS Cole, basé dans le port d’Aden, est endommagé après une attaque suicide, faisant 17 victimes américaines. Le principal suspect est le milliardaire saoudien Oussama Ben Laden, fondateur d’Al-Qaïda.

2002 : En février le Yémen, qui a fait alliance avec les États-Unis, expulse une centaine de religieux islamiques étrangers dans le cadre de la répression contre Al-Qaïda. En octobre, Al-QaÏda attaque le pétrolier français Limburg dans le golfe d’Aden, faisant 1 mort et blessant 12 membres d’équipage.

2004 : Début de la guerre de Saada, province du Nord-Ouest du Yémen. Les Houthis, un groupe religieux chiite armé du nord du pays, revendiquent la défense de l’identité zaïdite et défient le pouvoir du gouvernement du président Saleh, s’estimant être mis à l’écart de la vie politique et économique du pays. Après la mort de leur leader Hussein Badreddine al-Houthi, tué par les forces gouvernementales, la rébellion prend le nom de « houthiste ».

2006 : Réélection du président Saleh pour un nouveau mandat de 7 ans. Sa monopolisation du pouvoir et répression de plus en plus violente entraine en 2007 la résurgence du mouvement sudiste Al-Hirak qui prône l’indépendance du Yémen du Sud.

2009 : En janvier, les groupes yéménites et saoudiens d’Al-Qaïda fusionnent pour créer Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA). Sa capacité de nuisance croît à partir de 2011, et c’est la branche yéménite de l’organisation qui revendiquera l’attaque contre la rédaction de Charlie Hebdo à Paris, le 7 janvier 2015.
La même année, au nord, dans la province de Saada, les combats entre l’armée yéménite et les rebelles houthis s’intensifient. Malgré le soutien de l’Arabie saoudite aux troupes du président Saleh, les Houthis prennent le contrôle de vastes territoires. Selon les Nations unies, le conflit a fait près de 10 000 morts et plus de 50 000 personnes déplacées depuis 2004.

2011 : Dans le sillage des « Printemps arabes », les rebelles houthis rejoignent les mouvements de protestations contre le gouvernement en place. En novembre, après des 33 ans au pouvoir, le président Saleh cède le pouvoir à son vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi. Celui-ci lui succède en février 2012 pour mener la transition et rédiger la nouvelle constitution. La mauvaise situation sécuritaire du pays profite aux organisations terroristes, à travers des attaques à Sanaa et dans le sud du pays, revendiquées par Al-Qaïda dans la péninsule Arabique.

Début de la guerre civile et intervention étrangère

2014 : Le président Abd Rabbo Mansour Hadi et les principales forces politiques du pays signent un accord de cessez-le-feu et un projet de nouvelle constitution. Les rebelles houthis rejettent l’accord et le 21 septembre, s’emparent de la capitale Sanaa avec le soutien l’ancien président Saleh et de l’Iran. En octobre, ils prennent le contrôle du port stratégique de Hodeida sur la mer Rouge.

2015 : Le président Abd Rabbo Mansour Hadi démissionne et s’enfuit dans son fief à Aden. Les Houthis mettent en place un « Conseil national de transition » pour remplacer le Parlement dissous.
Le 20 mars, deux attentats-suicides contre des mosquées chiites à Sanaa font 142 morts et 345 blessés. Ils seront revendiqués par le groupe État islamique qui cherche à s’imposer face à AQPA.
Le 26 mars, une coalition de 10 pays à majorité sunnite, menée par l’Arabie saoudite et soutenue par les États-Unis, lance l’opération « Tempête décisive ». Son objectif : anéantir les rebelles houthis et contrecarrer la mainmise de l’Iran sur le pays.
En décembre, des négociations supervisées par l’ONU entre le pouvoir et les rebelles houthis aboutissent à un projet d’accord de cessez-le-feu et de partage du pays, favorisant l’essor des groupes djihadistes.

2016 : Les négociations de paix échouent et les combats, qui avaient repris en juillet, s’intensifient. Le 30 août, l’ONU dénombre 10 000 morts et 3 millions de déplacés depuis le début de l’intervention saoudienne en mars 2015.

2017 : Les rebelles houthis déclarent l’état d’urgence sanitaire après la recrudescence de cas de choléra. Le Comité international de la Croix-Rouge estime le nombre de cas à un million.
Le 4 décembre, l’ancien président Ali Abdhallah Saleh est tué par les rebelles houthis après s’être rallié à Abd Rabbo Mansour Hadi soutenu par la coalition arabe.

2018 : En janvier les séparatistes sudistes, hostiles au président Hadi, prennent le contrôle d’Aden avec le soutien des Émirats arabes unis.
En juin, la coalition mène une offensive contre la ville de Hodeida sur la mer Rouge par où transite la plus grande partie de l’approvisionnement du pays. Riyad affirme que l’Iran utilise le port pour livrer des missiles aux rebelles.
Le 6 décembre à Stockholm, sous l’égide de l’ONU, les Houthis et une délégation du gouvernement yéménite adoptent un accord de paix stipulant une trêve dans la région de Hodeida, un échange de prisonniers et une mission d’observation de l’ONU.

2019 : Au sud, l’armée et les séparatistes s’affrontent pour le contrôle d’Aden. Malgré un accord de partage conclu par les belligérants après l’intervention de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, les séparatistes reprennent le contrôle du port d’Aden.
Au nord, les rebelles houthis multiplient les attaques contre des installations pétrolières saoudiennes. La coalition menée par l’Arabie saoudite riposte en envoyant de raids aériens sur Sanaa et le nord du pays.

2020 : Malgré l’appel à un cessez-le feu unilatéral de l’ONU en raison de l’épidémie de Covid-19, les rebelles houthis poursuivent leurs attaques sur la ville de Marib occupée par les loyalistes.
En juillet, alors que les négociations sont au point mort, le gouvernement yéménite en exil et les rebelles houthis, invités en Suisse par l’ONU, parviennent à un accord sur la libération de plus d’un millier de prisonniers.
Au sud, les séparatistes sudistes se déclarent prêts à mettre en place l’accord de Riyad à condition que leur participation au pouvoir soit respectée. Le 18 décembre, un nouveau gouvernement d’union est formé, rassemblant les fidèles du président Abd Rabbo Mansour Hadi et les séparatistes du Conseil de transition du Sud, avec pour objectif de combattre les rebelles houthis du Nord.

2021 : Le 10 janvier, le gouvernement de Donald Trump annonce qu’il va inscrire les rebelles houthis sur sa liste noire de groupes terroristes dans le but de renforcer « la dissuasion contre les activités néfastes du régime iranien » comme l’explique le chef de la diplomatie américain Mike Pompeo.
Mais la nouvelle administration Biden, au pouvoir depuis le 20 janvier, décide de faire machine arrière en retirant les rebelles houthis de la liste des organisations terroristes, mesure faisant partie de la nouvelle diplomatie américaine, accompagnée de la volonté de renforcer les efforts diplomatiques pour mettre fin à la guerre au Yémen. Sur le terrain, les combats se poursuivent à Hodeida dans le sud-ouest du pays tout comme dans la province pétrolière de Marib.

► À lire aussi : [Analyse] Yémen : comprendre un si long conflit

Posted on 2021/03/04 - Modified on 2021/05/10

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias