Des camions font la queue pour embarquer sur des ferries pour rejoindre l'Angleterre, près de Calais dans le nord de la France, le 9 décembre 2020.
Des camions font la queue pour embarquer sur des ferries pour rejoindre l'Angleterre, près de Calais dans le nord de la France, le 9 décembre 2020.
Thibault Camus / AP Photo
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Brexit : pêche, trafic transmanche... ce qui bloque encore

Le Brexit met à mal le trafic transmanche. À Calais, cela fait maintenant plusieurs semaines que des camions transportant de la marchandise affluent massivement. Car les Britanniques craignent le retour des frontières douanières et profitent de ces derniers jours avant la fin de l’année pour importer de nombreux produits. Autre point de blocage dans les négociations, il y a aussi l’accès aux eaux britanniques pour les pêcheurs européens. Londres souhaite avoir un contrôle total avec des quotas de pêche négociés chaque année.
By RFI -

Sur la zone d’activité Marcel-Doret, qui jouxte le port de Calais, il y a des camions garés par dizaines, écrit notre envoyée spéciale, Alice Rouja. Ils attendent de pouvoir rejoindre les ferries ou le tunnel sous la Manche pour traverser la frontière ou simplement décharger leurs marchandises. David vient des alentours de Calais, il est transporteur pour les commerces locaux. Cette situation a tendance à l’énerver : « C’est énorme. Ce sont des kilomètres et des kilomètres de bouchons. On nous met sur le bas-côté où on est bloqués pendant des heures. On perd du temps, c’est terrible. Non, ça ne peut plus aller. »  

« On est coincés »

Laurent vient d’Agen, à cause de l’affluence il a pris du retard. Ce n’était pas prévu mais il va devoir passer la nuit sur place : « C’est vrai que ça coince un peu tout le monde. On se trouve sur des parkings à attendre de pouvoir passer. On est coincés, moi je suis là depuis 8 heures ce matin. »

La situation sanitaire n’arrange pas les choses : à cause de la pandémie le nombre de ferries a été divisé par deux. Cela représente près de 2 000 camions en moins par jour. À cela s’ajoutent de nouvelles démarches douanières qui prennent du temps. Sébastien Rivéra est le secrétaire général de la Fédération nationale des transporteurs routiers du Pas-de-Calais : « C’est vraiment une exaspération de la part de nos conductrices et de nos conducteurs. Certains d’ailleurs nous disent : "On aime notre métier, mais on n’en peut plus de toutes ces démarches de toutes ces lourdeurs, de ce temps passé. On ne veut plus aller vers la Grande-Bretagne". »

De moins en moins de routiers français veulent conduire jusqu’à Calais, laissant ainsi la place aux chauffeurs étrangers, venant majoritairement de l’Europe de l’Est.

La situation sanitaire n’arrange pas les choses. »

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 À Calais, des chauffeurs de poids lourds exaspérés, Alice Rouja (01’20’’

Sur le marché aux poissons de Roscoff.

Sur le marché aux poissons de Roscoff. | © Fred Tanneau AFP

L'accès aux eaux britanniques

Parmi les points de blocage dans les négociations du Brexit, il y a l’accès aux eaux britanniques pour les pêcheurs européens. Les pays de l’UE et notamment la France souhaitent un statu quo dans l’accès à ces eaux. Mais Londres souhaite garder un contrôle total avec des quotas de pêche négociés chaque année… Notre envoyé spécial, Alexis Bédu, s'est déplacé sur le port de Roscoff en Bretagne où les pêcheurs attendent de connaître le sort qui leur sera réservé.

« Il y a de la lotte, il y a du merlan… », tous ces poissons, le chalutier de Nicolas Magnan les ramène des eaux britanniques. Avec son équipage, ce breton y pêche 80% de sa production. Alors si le Brexit l’empêche d’accéder à ces eaux, pas question de se laisser faire : « Les Anglais aussi au départ ont vu ça comme une bénédiction en se disant "Ça va être bien, on va couper nos eaux aux Français et nous, on va vendre notre poisson en France". Après, les pêcheurs anglais ont été un peu naïfs en pensant ça parce qu’ils y exportent 80, 90% de leur production. Donc, c’est impossible que nous, on les regarde faire et que nous, on va aller à Pôle emploi, et merci les gars ! Non. Il faut arrêter de rêver. »

« Ce sera la guerre »

À quelques mètres, à bord d’un de ces trois bateaux fileyeurs,  Franck Brossier est inquiet. Dans la famille, on pêche dans les eaux anglaises de père en fils, le bras de fer lui semble inévitable : « On ne les laissera plus débarquer, ça c’est certain. Il ne faut pas s’imaginer qu’un bateau anglais va venir à Roscoff et qu’on va laisser débarquer le camion ou le bateau, c’est certain. Il n’y a pas un camion de poisson anglais qui débarquera du ferry.  Ça, je peux vous l'assurer. Ils pourront amener les CRS, ils pourront emmener ce qu’ils veulent, il n’y a rien qui débarquera, je peux vous assurer que ce sera la guerre. Donc à terme, ce ne sera viable pour personne. »

Vue du port de pêche de Roscoff, dans le Finistère.

Vue du port de pêche de Roscoff, dans le Finistère. | © RFI/Alexis Bedu

Franck Brossier craint également une concentration trop importante de bateaux espagnols, belges, hollandais et français dans les eaux européennes dès le mois de janvier. Des zones où il n’y aura pas assez de poissons pour tout le monde.

Le bras de fer semble inévitable de part et d'autre de la Manche. »

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 Les pêcheurs bretons et le Brexit, Alexis Bedu (01’15’’

 

La Commission européenne propose des mesures d'urgence en cas de « no deal »

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a proposé jeudi une série de mesures d'urgence si la Grande-Bretagne et l'Union ne parviennent pas à s'entendre sur le cadre de leurs futures relations commerciales avant le 31 décembre. En ce qui concerna la pêche, la Commission recommande un « règlement visant à créer le cadre juridique approprié jusqu'au 31 décembre 2021, ou jusqu'à la conclusion d'un accord de pêche avec le Royaume-Uni - selon la date la plus rapprochée - pour un accès réciproque continu des navires de l'UE et du Royaume-Uni  aux eaux de l'autre partie après le 31 décembre 2020 ».

 

►À lire Brexit : dans le Donegal, les pêcheurs irlandais attendent avec inquiétude l’issue des négociations

Posted on 2020/12/21 - Modified on 2021/01/15

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