Climat: 2014 en panne, 2015 à la peine
La 20e conférence des Nations Unies sur le climat s’est achevée, le 14 décembre 2014, par un accord minimal, l’appel de Lima pour l’action climatique.
Eitan Abramovich / AFP
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Climat: 2014 en panne, 2015 à la peine

Cela ne va pas fort pour notre planète, qui se réchauffe plus vite que prévu. La 20e conférence des Nations Unies sur le climat, la COP20, s’est achevée le 14 décembre 2014 avec la rédaction d’un texte, l’appel de Lima pour l’action climatique. L’accord, qui va être retravaillé pour être normalement signé fin 2015 à Paris, lors de la 21e conférence des Nations Unies sur le climat, visera à remplacer le protocole de Kyoto à partir de 2020. Il devra donc s’avérer suffisamment contraignant pour être efficace.
By Agnès Rougier -

L’année 2014 a été annoncée par l’Organisation météorologique mondiale comme la plus chaude depuis que l’on enregistre les températures, c’est-à-dire 1850. Cela signifie que les mesures prises pour enrayer les émissions de gaz à effet de serre dûes à l’activité humaine, à la suite du protocole de Kyoto, ne sont pas suffisantes.

Le 5e rapport du GIEC, le Groupe intergouvernemental des experts sur le climat, annonce une accélération du réchauffement qui appelle donc une réaction rapide. Mais la conférence qui s’est tenue à Lima (Pérou) au mois de décembre 2014, la COP20, sensée préparer la conférence de 2015, a accouché d’une souris.

Accord Chine-Etats-Unis : un signal fort

Il y a quand même eu quelques événements positifs en 2014, à l’instar du sommet climat de New York, organisé sous l’égide des Nations Unies. C’était la première fois depuis 2009 et l’échec de la conférence de Copenhague, la COP15, que les Etats, et en particulier les Etats-Unis, s’exprimaient publiquement sur le climat.

Second moment important, l’accord entre la Chine et les Etats-Unis en novembre 2014. L’un des facteurs d’échec de 2009 avait en effet été l’incapacité des Etats-Unis et de la Chine à se mettre d’accord. Et comme le souligne Pascal Canfin, ex-ministre écologiste du gouvernement de l’ancien Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault et actuellement consultant au World Research Institute : « Cet accord bilatéral est un signal fort ».

Conférences climat : la négociation impossible

Il est plus facile de négocier à deux qu’à 195 pays, car il s’agit souvent de décisions qui engagent les chefs d’Etats vis-à-vis des populations. Quand la Chine, parce que l’air est devenu irrespirable dans les grandes villes, décide d’augmenter les standards du charbon importé, c’est une décision nationale en réponse à des problèmes de santé publique et de société, qu’elle met en œuvre par des accords commerciaux bilatéraux.

Un accord mondial pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre repose donc en grande partie sur des négociations bilatérales. C’est ce qui devrait se passer tout au long de l’année 2015 pour préparer l’accord de Paris.

Le spectre de Copenhague

Depuis l’échec de la Conférence de Copenhague, en 2009, d’où rien n’est sorti alors que l’on attendait déjà les bases d’un accord post-Kyoto, son spectre hante toutes les conférences sur le climat. Pourtant, à la fin de la conférence de Lima, en décembre 2014, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères et futur président de la COP21, a déclaré que « le fantôme de Copenhague s’éloigne ».

Un sentiment optimiste au regard de l’absence de décisions prises à Lima et de la quantité de travail à effectuer pour préparer la conférence de Paris. En effet, tout, dans le futur accord de Paris, reste à négocier, même des concepts de base comme la hausse maximale de température globale et son échéance.

Or, on peut s’attendre à nombre de réticences, notamment de la part des pays producteurs de pétrole – dont les Etats-Unis, qui voient d’un mauvais œil la réduction de consommation d’énergie fossile pour limiter les rejets de gaz à effet de serre.

Les réunions internationales déconnectées du terrain

Les représentants des 195 pays se réunissent une fois par an et peu de décisions sortent de ces réunions. Pourtant, sur le terrain, des initiatives dans tous les domaines (agriculture, production et consommation d’énergie, construction, transports…) se mettent en place et fonctionnent.

En 2014, les populations ont tenté de se faire entendre au moins deux fois, lors des marches des peuples pour le climat, l’une à New York en septembre et l’autre à Lima en décembre. Pour Célia Gauthier, responsable des politiques européennes au Réseau Action Climat, ces mobilisations citoyennes ont été entendues, même si les pays – l’Union Européenne, la Chine, les Etats-Unis – n’ont pas pris les décisions à la hauteur du problème.

Un an avant la COP21 : action !

Il reste donc un an aux dirigeants politiques pour écouter les scientifiques du GIEC et du programme des Nations Unies pour l’environnement, pour débloquer des fonds suffisants afin d’aider les pays les plus vulnérables et mettre en place rapidement des mesures de lutte contre le changement climatique.

Si la France, le pays hôte de la COP21 en décembre prochain, veut être le moteur d’un accord historique sur le climat, il pourrait être nécessaire de montrer une volonté ferme sur des décisions qui, pour l’instant, ont été repoussées sine die. Pourquoi ne pas réinstaurer l’écotaxe poids lourds, par exemple, aligner la taxation du diésel – qui produit des particules très nocives pour la santé – sur celle de l’essence, ou encore, mettre en place une fiscalité écologique ? D’ici fin 2015, le calendrier climatique devrait donc être particulièrement chargé.

Pour en savoir plus :

Ministère français de l’Environnement
Site des Nations Unies sur le Climat / Convention Cadre sur le Changement Climatique

Posted on 2015/11/02 - Modified on 2015/11/02

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