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L'euro trop fort gêne la reprise économique en Europe

L'euro trop fort gène la reprise économique en Europe
Le président de la BCE, Mario Draghi.
Ralph Orlowski / Reuters
C'est depuis Washington, à l'occasion de la réunion de printemps du FMI et de la Banque mondiale que Mario Draghi, le directeur de la BCE, a pris position sur l'euro fort. Il a reconnu que cela freine la croissance en Europe, et a laissé entendre que la BCE pourrait intervenir.

03’01’’ - Première diffusion le 14/04/2014

Une inflation trop faible et un euro trop fort, c'est le scénario que l'Europe connait depuis plusieurs mois. L'euro frôle la barre des 1,40 dollar, bien plus que ce que les prévisionnistes annonçaient... Ils prévoyaient un euro à 1,25 dollar pour cette année. Si l'euro se porte aussi bien c'est essentiellement dû à l'afflux de capitaux qui avaient été investis dans les pays émergents et qui aujourd'hui se tournent vers l'Europe. C'est donc la demande d'euro qui fait grimper son coût.  
 
Jusqu'à présent, Mario Draghi a toujours gardé ses distances avec le mécanisme du taux de change de l’euro, considérant que ce n’était pas le rôle de la BCE. C'est donc en cela que l'on peut parler d'un virage dans la politique monétaire. L'institution est donc prête à agir pour contrer un euro fort qui non seulement gêne la reprise économique, mais risque aussi de précipiter l'activité de la zone euro dans la déflation. Pour que la déflation soit réelle, il faut que la baisse des prix perdure sur plusieurs mois, ce qui n'est pas encore le cas, bien que l'on observe une baisse du crédit dans la zone euro. 

Vers un nouvel assouplissement de la politique monétaire
 
Dans un premier temps, il pourrait recourir à une baisse des taux d'intérêt directeurs qui sont déjà très bas. En clair, la Banque centrale européenne pourrait prêter aux banques à un taux zéro pour que ces dernières puissent proposer aux particuliers et aux entreprises des taux de crédit plus faibles. La BCE pourrait aussi proposer aux banques des  taux de dépôts négatifs afin de les inciter à relancer le crédit plutôt qu'à thésauriser et ainsi créer de l'argent virtuel. Dans un second temps, la BCE pourrait envisager des mesures de politique non conventionnelle comme des achats d'obligations, ou de créances
 
Les propos de Mario Draghi ont suscité très rapidement des réactions. À commencer par Michel Sapin, le ministre français des Finances, qui a salué la déclaration de l'économiste italien. Pour Michel Sapin, l'euro s'est renchéri de 10 % par rapport aux autres monnaies depuis 18 mois et c'est une des causes des difficultés économiques de la France dont les exportations sont fortement pénalisées. Si le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, partage les propos du ministre il met cependant un bémol. Selon lui, la faible inflation n'est pas uniquement due à l'euro fort. En revanche, si le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schauble, partage l'analyse de Mario Draghi, il réfute tout risque de déflation en zone euro. Rien de surprenant à cela. L'Allemagne a toujours refusé une politique accommodante car elle est restée marquée par les stigmates de la terrible crise économique de l'entre-deux-guerres.
 
L’annonce inédite du patron de la BCE a eu un effet sur les marchés puisque ce matin, en Asie, l'euro a baissé. Le fait de parler sans agir a déjà des répercussions. Pas sûr que cela puisse durer.

Posted on 2015/12/15 - Modified on 2018/09/28 - By Patricia Lecompte

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