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L’euro en recul, une chance à saisir?

L’euro en recul, une chance à saisir ?
Le siège de la Banque centrale européenne, à Francfort.
Daniel Roland / AFP
La chute de l'euro s'accélère. La monnaie européenne est retombée à son niveau d'il y a deux ans face au dollar. Cette déprécation est-elle délibérée ? Si oui, pour faire quoi ?

Première diffusion le 1/10/2014

L'euro valait 1,40 dollar en mai 2014, il vaut maintenant 1,26 dollar. La devise européenne a perdu 10% de sa valeur depuis le printemps, c'est-à-dire depuis que Mario Draghi a déclaré à la terre entière qu'il maintiendrait des taux d'intérêt au plancher pour ranimer la croissance. Difficile donc de ne pas faire le lien entre le niveau de l'euro et la politique de la BCE. Car les propos de Mario Draghi sont en général très écoutés par les investisseurs. Entendant que les placements en zone euro ne rapporteront plus grand-chose pendant longtemps, ils ont déserté l'Europe pour s'intéresser à des régions plus prospères, plus rémunératrices. Cela a contribué à faire reculer l'euro.

L'autre outil de la BCE pour réveiller la croissance c'est d'inonder les marchés de liquidités. Un autre facteur de baisse pour la devise européenne. La BCE est donc bien à la manœuvre, mais elle n'est pas toute puissante, car la monnaie s'échange sur un marché où la masse des capitaux est tellement importante qu'un seul acteur n'est pas maître du jeu. L'autre facteur qui a contribué à affaiblir la monnaie européenne, c'est l'attrait exercé par des États-Unis en pleine résurrection. C'est dans cette région qu'affluent maintenant les capitaux, dans l'espoir d'une hausse prochaine des taux américains.

 
À quoi ça sert d'avoir une monnaie plus faible ?
 
Cela rend les exportations plus compétitives. Les Américains en ont bien profité ces dernières années. Au Japon, Shinzo Abe a décidé lui aussi de laisser filer le yen pour gonfler les recettes des industries exportatrices. Ce n'est pas un tour de magie pour rendre un pays compétitif, mais c'est un coup de pouce qui peut être décisif pour inverser une tendance. Car une entreprise qui gagne plus d'argent, passe plus de commandes à ses sous-traitants, elle embauche, elle augmente les salaires, elle va donc créer de la richesse et envoyé un signal positif aux autres opérateurs.

En France, où les exportations hors zone euro représentent 10% du produit intérieur brut, une baisse de 10% de l'euro pourrait faire gagner 0,7% de croissance, selon les calculs du Conseil d'analyse économique. Dans un pays où la croissance est à l'arrêt, ce n'est pas rien. La dépréciation, même choisie, n'est pas non plus la panacée : au Japon, les exportations ont cru en valeur, mais pas en volume, cela veut dire que les entreprises n'ont pas profité de cet avantage pour prendre des parts de marchés à leurs concurrents. Ces gains faciles n'exonèrent pas des efforts à mener pour gagner en compétitivité.
 
On dit aussi que la chute de l'euro va faire grimper les prix
 
C'est mécanique. La baisse de la devise rend les exportations meilleur marché et au contraire alourdit la facture des importations. Dans une zone euro qui importe la majeure partie de ses besoins en hydrocarbures, les consommateurs vont le sentir au moment de régler la note du chauffage ou du carburant. C'est dur pour les ménages en revanche, mais cela pourrait se diffuser à l’ensemble des prix. Une hausse des prix, c'est plutôt salutaire pour une région menacée par la déflation. Et c'est bien ce qu'espère la Banque centrale européenne.
 

Posted on 2015/12/15 - Modified on 2018/09/28 - By Dominique Baillard

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