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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

L’opposition vénézuélienne, qui appelait hier à manifester contre le pouvoir en place, traite le président Maduro d’usurpateur. Ce qui sous-entend qu’il usurpe le pouvoir. C’est-à-dire qu’il occupe indûment le fauteuil de président de la République. Usurper un pouvoir ou un droit c’est en effet l’exercer sans que ce soit légitime. Et on imagine, quand on utilise ce mot, que le l’usurpateur s’est emparé du pouvoir par la force ou pas la tricherie, la fraude. Le mot est donc fort, et bien sûr, il peut servir à faire passer l’idée que lutter contre l’usurpateur, c’est lutter pour le bon droit, pour un pouvoir légitime. Appeler à lutter contre l’usurpateur, c’est dire à ceux qui entendront cet appel qu’ils ne se mettront pas en marge de la loi, de la « vraie loi » supposée, mais qu’ils seront dans leur bon droit. Le mot pointe donc toujours un usage du pouvoir considéré comme abusif, et même comme volé. Et en français, il renvoie bien sûr à une situation historique ancienne et célèbre. C’est Napoléon qui était appelé l’Usurpateur par les Royalistes, qui souhaitaient la restauration du pouvoir monarchique. Et il est vrai que Napoléon Ier, qui n’avait pas le titre de roi, mais d’empereur, pour justement qu’on ne retombe pas dans l’Ancien Régime, occupait une place assez royale : il bénéficiait d’un pouvoir absolu, et était sur le trône. Mais le verbe usurper a d’autres usages moins politiques : on peut usurper une dignité, un titre, lorsqu’on s’en pare et qu’on ne les a pas acquis. Et au sens figuré, on parle bien souvent d’une réputation usurpée : quand elle est excellente, mais qu’on ne l’a pas méritée. Et on imagine alors que celui qui usurpe sa réputation en a fait beaucoup pour soigner cette réputation et cette notoriété.

Maintenant un usurpateur est-il un imposteur ? Souvent, on a tendance à confondre les deux mots, ne serait-ce que parce qu’ils se ressemblent un peu. Et pourtant, leur sens est différent : l’imposteur est celui qui se fait passer pour un personnage réel. C’est un vol, non pas de pouvoir, mais d’identité. Si par exemple, pour reprendre notre exemple vénézuélien, un sosie de Nicolas Maduro arrivait au palais présidentiel et se faisait passer pour lui, on ne parlerait plus d’un usurpateur, mais d’un imposteur. Et bien sûr de nombreuses comédies reposent sur ce stratagème : un personnage arrive et se fait passer pour celui qu’on attend, mais qui n’est pas encore là. Chez Molière ces situations sont fréquentes. Et on peut bien sûr se faire passer pour quelqu’un dont l’existence est avérée, ou pour quelqu’un d’imaginaire. Le jeune premier qui veut épouser la fille de Monsieur Jourdain se fait passer pour le fils du Grand Turc, et là c’est un imposteur, même si dans la pièce c’est un imposteur sympathique. Et il fait nommer le Bourgeois Gentilhomme, grand Mamamouchi, une dignité inventée pour les besoins de l’intrigue. Et même Sganarelle, le médecin malgré lui, se fait passer pour le médecin qu’il n’est pas. Mais ce n’est pas de son plein gré : on le force à prendre cette place, et on lui donne des coups de bâton s’il refuse de dire qu’il est un habile homme de l’art. Et pour reste dans cet univers, on se souvient que Tartuffe est dénommé imposteur, simplement parce qu’il s’attribue des qualités qu’il n’a pas : il prétend être homme de bien et de religion alors qu’en fait c’est un escroc qui en veut à la fortune de celui qui l’accueille et le reçoit chez lui.  

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