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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Télégram ! C’est le nom d’une messagerie russe, accessible sur Internet, et qui reste opérationnelle et légale, bien qu’elle ne soit pas très bien vue par le pouvoir. Et pourtant, elle a été utilisée par de nombreuses personnalités russes qui souvent sont proches du gouvernement ou même qui en font partie. Mais c’est son nom qui nous intéresse : Télégram ! Un mot qui existe en russe comme en français et qu’on peut trouver fort bien choisi pour dénommer un réseau de communication : c’est bien à cela que ça fait penser. Alors s’agit-il de faire du neuf avec du vieux ? Pas vraiment : le mot d’adapte très bien, en tant que marque déposée, aux technologies les plus modernes. Et pourtant, il renvoie à des temps bien anciens et à l’aube de la télécommunication moderne. Et en France, le service des télégrammes a cessé de fonctionner assez récemment, le 30 avril dernier, trop concurrencé les avancées technologiques. Son mode d’acheminement s’était pourtant modernisé : il était systématiquement lu à son destinataire, au téléphone par un employé du service, puis envoyé un peu plus tard. Mais bien sûr on se souvient de l’apparence historique du télégramme : une petite feuille en forme de rectangle surmontée d’un petit trapèze, comme un chapeau. Tout ça d’un joli bleu clair, ce qui fait qu’on appelait souvent les télégrammes les petits bleus. Et pendant longtemps, surtout quand le téléphone était moins développé qu’aujourd’hui, c’était le moyen de communication le plus rapide : une transmission électrique qui permet, par impulsions, de faire passer des mots, lettre par lettre. Et tout ça d’un bureau de poste à l’autre. En quelques dizaines de secondes, le message est passé. On le transcrit sur ce fameux « petit bleu » et un jeune télégraphiste (on s’est toujours représenté les télégraphistes comme de tout jeunes gens…) va le porter au domicile de son destinataire. Mais bien sûr, on ne peut pas écrire grand-chose : quelques mots tout au plus. On évitera donc tous ceux qu’on peut supprimer sans rendre la phrase incompréhensible : mère malade, voyage annulé, lettre suit. Ou ce petit bijou, ce modèle moqueur du télégramme hypocrite qu’on trouve chez Marcel Proust, inventé par le Duc de Guermantes : « Impossible venir. Mensonge suit. » Avec ce fameux « stop » qui est là pour faire office de ponctuation : « J’arrive par l’express 15 h. Stop. Je t’aime. » Mais on comprend bien pourquoi on parle de style télégraphique : une manière abrupte, abrégée, elliptique de s’exprimer.

Bien sûr, on se souvient des télégrammes diplomatiques, utilisés pour donner rapidement des instructions, notamment d’un gouvernement à son ambassadeur. Mais dans son usage privé, le télégramme a souvent servi à envoyer des messages précipités, et souvent annonciateurs de mauvaises nouvelles.

Tout cela bien sûr grâce au télégraphe. Qui commence à faire parler de lui sérieusement à la fin du 18e siècle avec le système de Chappe : un alphabet visuel, avec des bras articulés dont la position représente des lettres, et qu’on peut voir d’un sommet à un autre, d’une colline à une autre. On inventait donc des chemins qui allaient de crête à crête pour faire passer l’information.

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