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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le Ségur de la santé vient de commencer : une longue concertation pour réformer l’organisation du système de santé, les rémunérations, le temps de travail, les relations entre la médecine « de ville » et la médecine en institution. Pourquoi Ségur de la santé ? Le nom n’est pas absolument administratif, mais il a été lancé par le gouvernement. C’est donc d’une certaine façon un jargon officiel. Pourquoi Ségur ? C’est une référence au lieu où auront lieu les discussions, avenue de Ségur où se tient le ministère des Solidarités et de la Santé. Bien entendu, cette appellation fait penser à Grenelle : on a parlé d’un Grenelle de l’environnement, d’une Grenelle de la mer, d’un Grenelle de l’insertion. On en a parlé il y a peu : la formule désigne une rencontre qui met en présence des représentants d’intérêts et d’opinions différents pour régler des problèmes, mettre en place des réformes. Si Olivier Véran, ministre de la Santé, propose un Ségur, c’est pour proposer une image plus moderne, et ne pas jouer la répétition.

Un Ségur est-il donc un Grenelle ? L’origine de la formule est un peu différente : Au moment des accords de Grenelle, fin mai 1968, personne ne parlait encore d’un Grenelle. Mais les échanges ayant lieu au ministère du Travail, rue de Grenelle, le nom a fini par s’imposer, et désigner un certain type de négociations. Mais pour Ségur, on n’a pas encore de recul : c’est le premier. On n’est pas même sûr qu’il y en aura un deuxième. Mais d’entrée de jeu, on fait entrer cette initiative dans une perspective historique. C’est donc politiquement astucieux et ça gonfle l’événement d’une certaine importance.

Et ça parait d’autant plus novateur que ce nom de Ségur n’est pas connu du grand public, et qu’il n’est pas une référence courante ni pour les journalistes, ni pour les politiques. On n’a pas coutume de dire « Ségur » pour représenter le ministère de la Santé.

Alors que pour d’autres, le procédé est ancien. Le plus parlant est probablement Bercy. Pourtant ce n’est pas si vieux : le ministère des Finances y a été établi lors de la construction d’un très grand bâtiment à l’architecture assez audacieuse édifié à la fin des années 80 dans le quartier de Bercy à Paris. Auparavant, le ministère était situé rue Rivoli, et n’avait pas de sobriquet particulier. Et quand on parle de Bercy, on sous-entend le pouvoir du ministère : « Bercy a dit oui, Bercy a dit non… » Mais l’appellation a de la force, car elle évoque une localisation, mais techniquement pas une adresse. Un peu comme l’Élysée (la présidence de la République) ou Matignon (le Premier ministre).

Alors que plusieurs autres ministères sont indiqués par leur adresse, même si elle est incomplète. Le plus prestigieux, au charme aristocratique, qui ferait presque penser à un nom à particule, est le Quai d’Orsay, où se tient le ministère des Affaires étrangères. Mais à part ça, on parle assez couramment de la Place Beauvau pour le ministère de l’Intérieur, ou de la rue de Valois pour celui de la Culture.

Et est-ce que vraiment on parle de Grenelle pour le ministère du Travail ? Pas tant que cela… d’autant plus que dans la même rue, on trouve aussi le ministère de l’Éducation nationale.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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