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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

L’opération Résilience a été lancée, et on le sait, il s’agit, en France, d’un certain nombre de missions confiées à l’armée pour aider les pouvoirs publics et la population à lutter contre le coronavirus, par exemple en évacuant des malades ou en sécurisant des espaces sensibles. Résilience derrière Sentinelle donc, puisque l’opération Sentinelle est l’un des derniers noms qu’on connaissait, pour désigner une série d’engagements militaires : Sentinelle pour lutter contre le terrorisme ; Résilience contre l’épidémie. Et on sait maintenant qu’à l’exemple d’autres pays, les États-Unis, Israël, l’Iran, la Corée… les gouvernements aiment nommer ces initiatives, comme si on faisait participer la population à ces affaires, en la mettant dans le secret d’un nom de code.

Pourquoi résilience ? Nul doute que ce mot, encore peu connu bénéficiera d’une publicité supplémentaire. Ce mot que de façon sommaire, on associe souvent à l’absence de découragement, est fort à la mode depuis peu. Une vingtaine d’années tout au plus ! Mais alors quelle mode ! On trouve de la résilience dans des circonstances très diverses, et même si le mot est encore un peu chic, si on lui accorde encore le bénéfice de la rareté, il donne apparemment du prix aux phrases dans lesquelles on l’emploie : un certain snobisme lui est attaché, et il fait partie de la dernière cohorte des mots de la psychologie employée dans la vie courante, en dehors d’un discours technique.

Pourtant l’origine du mot n’est pas à chercher dans la psychologie mais dans la physique. C’est un mot technique qui a un peu plus d’un siècle ; et qui définit la capacité d’un matériau à supporter les chocs et à revenir à sa structure d’origine, une fois le choc passé. En gros c’est la possibilité de ne pas se briser : on retrouve son état de départ après avoir absorbé l’impact. Ce qui a servi, de manière métaphorique, à forger un concept psychologique nouveau.

C’est un psychiatre qui a entre autre chose observé la vie des rescapés de la Shoah, ceux qui étaient revenus des camps de la mort nazis. Certains d’entre eux – pas tous – ont réussi à se construire une vie, à reprendre leur existence, d’un point de vue social, familial, professionnel. Et c’est bien ça qu’il appelle la résilience : non pas l’oubli (ni le pardon), mais une possibilité de ne pas être paralysé par les souffrances violentes du passé. Echapper à une tétanisation : une sorte de dépassement du trauma, du choc. Les cicatrices sont là, la souffrance peut se réveiller, mais on arrive à mettre tout cela au deuxième plan pour ne pas se laisser envahir. Il ne s’agit pas de faire « comme si de rien n’était évidemment ». Mais c’est un peu comme si on arrivait à bâtir une digue pour contenir le retour terrifiant des souvenirs de l’horreur : on met à distance, et on crée un espace dans lequel on peut assembler les éléments d’une nouvelle vie. Un peu comme lorsqu’on se réveille après un cauchemar : on commence la journée sous le coup de la terreur, et petit à petit, on arrive à l’éloigner : voilà la résilience !

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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