mots-actu_r.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Une rappeuse d’Arabie saoudite est en situation difficile puisque son arrestation est demandée par le gouverneur de La Mecque. Ses paroles n’ont pourtant pas l’air terriblement subversives, mais La Mecque n’est pas la ville la plus libérale du monde ! Et le rap, c’est parfois mal vu, c’est souvent considéré comme un mode d’expression qui défie l’autorité, même si on n’appelle pas systématiquement à la rébellion !

Et ce style musical a une histoire, tout comme son nom. Le mot rap, pour désigner cette forme d’expression apparait dans le courant des années 70, aux États-Unis, associée à la musique noire. On sent bien que le mot est anglais, et d’ailleurs il s’appuie sur un terme ancien qui signifie parler avec véhémence, avec du bagout. Et il intègre l’anglais d’Amérique du Nord, en changeant légèrement de niveau de langue : il devient plus ou moins un mot d’argot américain ! La vie de la langue a ses mystères et on ne saura jamais très bien pourquoi il va désigner ce type de phrasé qui devient populaire d’abord dans la musique noire. Mais comme le mot s’entend, on va lui donner un sens, lui inventer un sens. Et, probablement a posteriori, pour ancrer cette pratique dans la culture noire, on transforme le mot en acronyme. Ce qu’on appelle un acronyme, c’est une suite d’initiales, un sigle qui se prononce comme un mot, en une ou plusieurs syllabes. On reconstruit donc le sens de rap comme s’il s’agissait des initiales des mots « rhythm and poetry » : rythme et poésie. Ce qui est particulièrement pertinent et bien trouvé.

En effet, les premiers diseurs de rap revendiquaient ces deux domaines, ce qui redonnait ses lettres de noblesse à une poésie populaire. L’un des premiers groupes à avoir fait connaître cette forme s’intitulait The Last Poets. Une vraie poésie urbaine qui inaugurait cette scansion particulière, ce phrasé saccadé qu’on connait bien aujourd’hui, mais qui était assez novateur. Il ne faut pas croire pour autant que ce rap n’avait pas de préhistoire : c’était nouveau, mais dans la continuité de toute une culture noire. Depuis longtemps on était familier de ce qu’on appelait le « spoken words » : l’expression est parlante : les mots parlés… Et qui, pourtant, accompagnaient la musique, flottaient au-dessus d’une vague musicale. Et tout ça n’était pas sans rapport avec l’éloquence et l’énergie des « preachers » de l’Église baptiste. Je dis « preacher » en anglais, car le mot se traduit assez mal par prédicateur : il y a une force hypnotique, un pouvoir qui convoque parfois transe dans la manière dont les pasteurs s’adressent aux fidèles et dont ils les font répondre qui annonce déjà la possibilité du rap ! On est donc dans une sorte de parlé-chanté. Cette expression existe en français, mais s’applique à toute autre chose : une technique de musique classique. L’expression française est d’ailleurs traduite de l’allemand « sprech gesang ».

Le rap est autrement virulent, puisqu’une autre interprétation du mot le donne comme initiales de « rage against the police » : la rage contre la police.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias