mots-actu_m.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Un certain nombre de voix viennent de s’élever contre le mutisme du président Paul Biya. En effet il ne s’est pas exprimé personnellement sur la façon dont son gouvernement au Cameroun devait lutter contre l’épidémie. Est-ce que cela veut dire qu’il a perdu la parole ? Qu’il n’est plus physiquement capable d’articuler un mot ? Bien sûr que non : ce mutisme a un sens figuré. Etre muet peut donc être compris de deux manières différentes : soit cela renvoie à une infirmité, soit cela désigne un silence, une absence de parole. Et on peut ne pas parler pour bien des raisons : on peut être muet de stupeur, muet d’admiration (on ne trouve pas les mots pour exprimer ses sentiments positifs), muet de colère.

Au sens propre le terme a quelques synonymes plus ou moins proches. Etre muet ne veut pas dire qu’on est mutique. Cet autre adjectif, qui à l’évidence appartient à la même famille, souligne le fait que quelqu’un est peu bavard – c’est le moins qu’on puisse dire ! Mutique c’est-à-dire qui laisse à peine, de loin en loin, échapper une phrase. 

Le mutique est donc taiseux : un peu le même sens. Taiseux, vieux mot, qui revient plus ou moins en cour, qui fait un peu régional, sans qu’on sache trop de quelle région précise il viendrait. Et qui évoque ces grands costauds qui ne se donnent pas trop la peine de parler. Costaud, et non costaude ? Oui, le mot n’a pas vraiment de féminin. Il pourrait : taiseuse est parfaitement bien formé, mais on ne l’emploie guère.

Alors le taiseux est-il le taciturne ? Pas exactement : Le taiseux n’a pas la parole enjouée mais a priori, cela ne concerne pas son humeur. Alors que le taciturne, non seulement on ne l’entend pas, mais il y a de fortes chances qu’il fasse la tête. Il est renfermé et il n’en faudrait pas beaucoup pour qu’on le sente sourdement hostile : son silence est plus de plomb que d’or.

Alors qu’il pourrait simplement être laconique, c’est-à-dire éviter les grandes phrases et les grands mots, s’exprimer de manière elliptique, allant droit à l’essentiel. D’où nous vient ce laconisme ? Encore une référence à l’Antiquité grecque. L’histoire plus que la mythologie d’ailleurs. Mais on disait que les Spartiates, les Lacédémoniens, qui habitaient cette région de la Laconie, étaient réputés pour leur goût de la frugalité : rien de trop, ni dans le luxe ni dans le discours : lorsqu’un mot suffisait, il était mal vu d’en dire deux ! 

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias