mots-actu_h.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Un format « hybride » pour l’Assemblée générale de l’ONU qui s’est ouverte hier à New York. L’article de RFI, dans sa version écrite, met ce mot d’hybride entre guillemets. Ce qui exprime bien qu’on le prend avec des pincettes. Un « grand absent », Emmanuel Macron. Et l’expression, traditionnellement, exprime que cette absence est très remarquée, sans qu’on sache de manière certaine à quoi l’attribuer : est-ce à la crise des sous-marins ? En tout cas le président français ne l’a pas déclaré ! La Birmanie n’est pas représentée, ni par la junte qui a pris le pouvoir il y a quelques mois, ni par l’ambassadeur qui était resté fidèle au pouvoir. Est-ce que ça en fait une Assemblée générale à moitié légitime. N’exagérons rien ! Est-ce que c’est pour ça qu’elle est hybride ? Non ! Même si les raisons d’en faire une réunion en demi-teinte se multiplient.

Mais on parle d’une assemblée hybride, car contrairement à la précédente, les participants se partagent entre présence à distance et présence physique. C’est donc une assemblée qui a une double nature : c’est bien le sens de ce mot.

Et il a été fortement mis à l’honneur ces dernières années par l’industrie automobile. En effet, pour lutter contre la pollution, les constructeurs se sont ingéniés à fabriquer des voitures qui ne marchent plus uniquement à l’essence, mais peuvent alterner entre différents types de source d’énergie. Techniquement c’est peut-être difficile à réaliser, mais sur le papier c’est simple à comprendre : il s’agit de voitures qui fonctionneront soit avec du gazole comme carburant, soit avec une propulsion électrique. Et comme la technique fait des progrès, il n s’agit même plus maintenant de choisir son énergie en fonction du jour, de la disponibilité, de l’humeur ou du type de parcours à faire. Les deux énergies se combinent et se succèdent en fonction de ce qui est le plus économique et le plus adapté : voilà ce que c’est qu’une voiture hybride. Et il ne nous appartient pas de dire si les véhicules qui marchent à l’électricité polluent moins que les autres : c’est un débat différent. 

C’est le mot hybride qui nous intéresse. Compliqué, savant jusque dans son orthographe, et dont le « h » et le « y » initiaux sont un bon indice qu’on est en face d’un mot grec d’origine. Et bien fausse piste, Mais rassurez-vous d’autres s’y sont laissés prendre avant vous. Le mot en fait vient du latin et comme sa prononciation pouvait faire croire à une origine grecque, on a fini par l’orthographier comme s’il venait de cette langue, en le rapprochant du mot grec ubris, l’excès. Pourquoi viendrait-il d’une racine évoquant l’excès ? Parce que l’excès, pour les Grecs anciens évoque le pêché : c’est le défaut par excellence Et on a pu penser que ce qui était hybride, c’est à dire, qui avait une double nature, était forcément le résultat d’un excès, d’un péché, d’un écart par rapport à la nature.

Alors qu’en fait le mot ibrida en latin désigne simplement un animal né de parents de races différentes : le mulet par exemple, né de l’union d’un âne et d’une jument, et d’ailleurs un certain nombre de mots de la même famille évoquent des pratiques scientifiques de recherche : on parle d’hybridation quand on s’essaie à croiser des espèces différentes, des plantes, des animaux, et même des éléments chimiques.
Le sens le plus courant d’hybride évoque donc simplement une dualité… la ressemblance – ou l’héritage – d’un individu ou d’une chose avec une autre.

Même s’il a un passé scientifique, le mot est d’une utilisation assez libre, et n’est pas trop lié à des objets particuliers : un antiquaire peut parler d’une table hybride, si par exemple, elle est faite de deux bois différents. Ou un éclair hybride, chez un pâtissier, peut être fait moitié café, moitié chocolat. Et si vous faites un montage de photo avec la cousine Gilberte à gauche à la tante Ursule à droite, le tout réuni pour faire un seul visage, la photo sera hybride ; en tout cas c’est comme ça que vous pourrez la qualifier.

Alors des synonymes ? Le mot métis a été porté par un terrible effet de mode ces derniers temps. On l’a accommodé à toutes  les sauces, pour bien montrer que le métissage était considéré comme une redynamisation et non une dégénérescence, mais les mots à la mode vieillissent vite, et ces derniers temps, il me semble que j’ai justement entendu ce mot d’hybride employé là où l’on aurait utilisé métis il y a un an. Comme un cliché de rechange.

Avertissement !  
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias