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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

On parle beaucoup en France des gilets jaunes, en ce moment ! Et c’est en effet sous cette bannière que se déploie tout un appel à manifester contre le gouvernement actuel et notamment contre l’augmentation du prix du carburant. Pourquoi les gilets jaunes ? Parce que le signe de ralliement de ces manifestants pourrait être un gilet jaune. Une opération de communication politique assez maligne : ces fameux gilets jaunes doivent en principe équiper toutes les voitures. Et les automobilistes doivent les revêtir si jamais ils sont obligés de s’arrêter sur le bas-côté de la route, à la suite d’un quelconque incident. Et ce vêtement, qu’on peut enfiler facilement sur ceux qu’on porte déjà, permet d’être très facilement vu. Le jaune est une couleur voyante, surtout dans la nuance de ces équipements. Ils sont fluorescents et donc réfléchissent la lumière de nuit. Et il identifie ceux qui les portent aux usagers de la route. Et on les trouve sur le dos, non seulement des conducteurs en difficulté, mais aussi de tous ceux qui travaillent au bord des routes. Dans le but de les protéger, et de les rendre le plus visibles possible pour éviter les accidents. On a donc, même si c’est de façon indirecte, l’idée que ceux qui portent cette sorte de chasuble sont susceptibles d’être menacés, dans une situation potentiellement dangereuse.
Mais qui sont donc ces gilets jaunes ? Ils sont susceptibles de venir de tous les horizons ; ils n’appartiennent pas à un parti particulier. Comme si cette colère contre la vie chère pouvait toucher des personnes très différentes, qui ne sont pas affiliées à une sensibilité spéciale. - ce qui est un mode d’opération fréquent lorsqu’une certaine tendance politique veut susciter une adhésion large, mais sans se mettre en avant. Sans vraiment se masquer peut-être, mais en évitant que le nom d’un parti apparaisse comme le fédérateur du mouvement.
Les gilets jaunes ne sont donc pas un uniforme, mais ils fonctionnent comme un signe révélateur et visible. Et ils se placent dans toute une série où un élément de costume est relié à une couleur. Avant les gilets jaunes, on avait eu les bonnets rouges. Là encore il s’agit d’un mouvement de protestation contre des taxes, né en Bretagne, et resté d’ailleurs assez breton. Mais le bonnet rouge depuis longtemps évoque l’idée révolutionnaire, et le désir d’en finir avec un ordre ancien. Bien sûr on pense au vers célèbre de Victor Hugo : « J’ai mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire » dans lequel qui affiche son désir de s’affranchir, de se libérer d’une langue poétique lisse ou traditionnelle. Et pourquoi le bonnet rouge comme symbole révolutionnaire ? Parce qu’il fait penser au bonnet phrygien bien sûr, celui qu’apparemment on tenait de l’Antiquité, de la Phrygie, mais qu’on portait aussi à Rome : on disait que c’était la coiffure des esclaves affranchis ! Ce qui en fait tout naturellement un signe de libération. Et il a été l’un des éléments symboliques rassembleurs de la Révolution française, pour devenir un emblème reconnaissable : on disait que c’était le bonnet des sans-culottes, du peuple parisien. Là encore on évoque une révolte spontanée, non encadrée par des syndicats ou des structures politiques officielles. Et par-derrière évidemment, on a également à l’esprit les chemises rouges réunies par Garibaldi au 19e siècle, qui évoquent toujours la lutte pour l’unité de l’Italie. 

Avertissement !

Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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