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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Le grand débat national s’ouvre officiellement aujourd’hui en France, et devrait se poursuivre jusqu’au 15 mars. On l’a bien compris, c’est l’une des réponses du président de la République aux colères qui s’expriment notamment par le mouvement des gilets jaunes. On a beaucoup dit aussi que ces gilets jaunes faisaient partie d’une France invisible, d’une population qui ne faisait pas parler d’elle, qui avait du mal à exprimer ses désirs, ses besoins, ses revendications. Le geste politique du pouvoir veut donc donner la parole à ceux qui ne l’ont pas ordinairement, ou s’en sentent privés. Voilà pourquoi il propose ce grand débat national. National pour lui donner l’ampleur nécessaire. Grand parce l’adjectif, même s’il peut paraître banal, est à la mode, notamment dans le vocabulaire des médias. Grand reportage, grands entretiens, grand témoin, grand atelier, grande table… on ne compte plus les titres qui utilisent ce terme pour se donner un peu d’ampleur. Quant au mot débat, il évoque bien sûr la discussion entre gens qui ne sont pas forcément d’accord. Le débat n’est pas la discussion qui évoque un cadre plus restreint, entre quelques personnes. Alors que le débat, surtout s’il est grand, peut concerner tous ceux qui le souhaitent. Il s’agit donc d’exprimer ce qui ne va pas, de voir quelles solutions on pourrait trouver. Et le choix du mot est assez habile dans la mesure où il semble mettre tout le monde sur le même plan : ceux qui se plaignent, qui prennent la parole,  qui souvent réclament, et ceux qui ont le pouvoir politique. Mais il est vrai que ce mot a derrière lui tout le prestige d’une tradition démocratique.

Bien entendu, le nom débat dérive du verbe débattre. Et débattre s’emploie à propos de plusieurs personnes qui discutent d’un sujet sur lequel elles ne sont pas d’accord. Chacun essaie de convaincre l’autre, présente ses arguments. Mais l’idée n’est pas toujours de l’emporter sur l’adversaire : on peut le convaincre, ou on peut soi-même être convaincu et changer d’idée : l’idée du débat repose souvent sur celle d’une honnêteté des débatteurs et leur ouverture d’esprit.

Le mot est ancien en français et s’applique d’abord aux débats judiciaires : les discussions et délibérations de procès. Et là, il est vrai, chacun défend souvent sa cause en espérant l’emporter. Mais à partir du 17e siècle, il va désigner les discussions parlementaires. La France est encore une monarchie, mais des assemblées existent, qui discutent des problèmes politiques locaux ou régionaux. Et puis l’Angleterre a pris un tournant, sa royauté est moins absolue que la Française. Et le mot débat dans ce sens est emprunté à la pratique anglaise, et au mot debate, que les Anglais nous avaient déjà emprunté auparavant puisque le mot anglais est d’origine française.

On parle donc des débats parlementaires à propose  des discussions qui doivent déboucher sur l’adoption d’un texte ou d’une loi. Ils sont donc au cœur du dispositif démocratique, puisque les représentants du peuple se doivent d’avoir sur les questions importantes dont on doit trancher. Et le Journal des Débats a été le premier organe de presse à se faire l’écho des discussions à la Chambre, et plus précisément à l’Assemblée nationale Constituante, même s’il devait assez rapidement, devenir un journal d’opinion et ne plus être uniquement le miroir des discussions des députés.

Mais on peut se rappeler quand même que débattre est formé sur le verbe battre : une certaine violence est plus ou moins présente dans l’écho de ce mot. En tout cas un désaccord de départ : quand on dit la question fait débat, cela signifie que tout le monde n’a pas le même avis !

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