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Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Faites l'exercice pour comprendre ce mot de l'actualité : Coude, au coude à coude, huile de coude...

 

C’était hier une journée d’élection en Allemagne, très préparée, très attendue, très commentée. Et pour ce premier tour d’un scrutin qu’on a d’abord dit indécis, puis haletant, enfin, plein de suspense, on a fini avec deux formations au coude à coude, les sociaux-démocrates et les conservateurs.

Et limage qui vient spontanément à lesprit est celle de deux coureurs qui courent de concert : aucun ne devance vraiment lautre et cest comme si leurs coudes pouvaient se toucher pendant quils courent. On a même lidée que cette indécision dure pendant une bonne partie de la course, et non juste quelques mètres avant la ligne darrivée. Limage est transparente et pourtant, ce nest pas le premier sens quon lui a donné. Au départ, cette expression était davantage associée à la marche qu’à la course. Et elle symbolisait plutôt la solidarité, laction commune, proche en cela dune autre : se tenir les coudes ou se serrer les coudes. On voit bien dailleurs que cest la même image. Alors que dans le cas qui nous intéresse, le sens de lexpression sest presque retourné : on est dans une situation de concurrence et non dentraide.

Cette présence du coude, et d’ailleurs d’une allusion à la posture, à la façon de se tenir se retrouve dans d’autres formules, dont le sens est différent, mais qui se comprennent par rapport à une représentation du corps en mouvement quand on se déplace, et notamment du haut du corps : on « joue des coudes » lorsqu’on se fraye un chemin dans une foule, en écartant les gêneurs de manière d’ailleurs assez musclée : on taille sa route entre les autres, en les rejetant de part et d’autre.

Le geste est différent quand « on lève le coude » : cela évoque le verre qu’on boit. Et le phrase peut avoir plusieurs échos : on a bien levé le coude, hier soir… C’est ponctuel : on a bu plus que de raison. Mais si on dit de quelqu’un qu’il « lève le coude », sans autre précision, c’est qu’il a l’habitude de le faire : il a penchant pour la bouteille. Non, pas une ébriété d’un soir, mais un alcoolisme installé.

Si le coude qui se lève est bien l’image du verre qu’on vide, l’« huile de coude fait penser à autre chose. L’huile de coude, on sait bien que ça n’existe pas. Mais si elle existait, elle servirait à lubrifier l’articulation du bras et de l’avant-bras. Et donc à faciliter l’effort. C’est donc une évocation du travail manuel, fatigant, parfois difficile, en tout cas musculaire.

Terminons avec « se moucher du coude ». Cette habitude, qui nous est familière aujourd’hui puisqu’elle fait partie des fameux gestes-barrières qu’on nous a recommander d’adopter pour éviter à l’épidémie de se propager. Mais au départ la phrase, à la négative, donne étrangement une idée de prétention et de snobisme : « Il ne se mouche pas du coude », c’est-à-dire, il ne se prend pas pour rien, le roi n’est pas son cousin.

Avertissement !  
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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