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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Depuis le début de l’épidémie les mots et expressions se sont multipliés pour désigner des réalités qu’on ne connaissait pas auparavant. Au-delà du déconfinement et des gestes barrière, on a beaucoup parlé, et on parle encore de cluster. Et là, on voit bien qu’on a affaire à un terme anglais qui est rarement traduit. Ce qui n’a pas été si souvent le cas : un parle toujours de confinement, jamais de lockdown. Mais pour le cluster, le français a été pris en défaut, et a gardé l’anglais le plus souvent. Et il s’agit simplement d’un lieu où un grand nombre de personnes se rencontrent, sont proches les unes des autres. Donc la contamination s’emballe et explose, ce qui peut avoir des répercussions sur un territoire bien plus important, quand les contaminés s’égaieront dans la nature. Le cluster est donc le résultat d’une concentration. Mais le mot au départ désigne simplement ce groupe, réuni dans une certaine promiscuité. Et le mot anglais peut se traduire par grappe.

Il ne faisait pas vraiment partie du vocabulaire franglais avec l’épidémie, sauf peut-être en musique, où depuis longtemps on entend parler de cluster, dans un langage technique : un regroupement, une accumulation de notes, jouées les unes après les autres, autour d’un genre de pôles. Quelles notes ? On ne sait pas précisément : les notes avoisinantes, sans qu’elles soient absolument définies : elles sont laissées à la discrétion du pianiste, qui lui-même parfois ne sait pas très bien où elles commencent et où elles s’arrêtent. Elles peuvent être frappées sur le clavier avec la main, le poing ou parfois même l’avant-bras. On sent bien qu’on a affaire à une technique de musique contemporaine, même si le mot date du XVIIIe siècle, et qu’on le trouve d’abord dans une pièce pour clavecin qui doit évoquer le son du canon.

Mais ce cluster médical aurait pu être évité, car les mots français ne manquent pas pour évoquer ce qu’il représente. On pense par exemple au foyer, terme courant et d’ailleurs recommandé. Et en effet, on parle bien souvent d’un foyer épidémique. Cela évoque ce qui brûle et peut se propager. Et le premier sens du mot désigne l’endroit où l’on fait du feu. C’est d’ailleurs à la famille de feu qu’il appartient.

Le sens figuré vient bien vite, et touche au vocabulaire médical, dans un sens différent : on parle d’un foyer infectieux. Et bien vite on peut employer le mot avec le sens d’un centre à partir duquel rayonne une maladie : c’est l’origine d’une propagation.

Mais ce terme a bien d’autres sens figurés moins inquiétants et souvent d’ailleurs assez positifs : un foyer, s’il renvoie à cette idée de feu domestique, qui réchauffe, permet la cuisine, est un lieu d’habitation pour plusieurs personnes qui sont liées, une famille le plus souvent. L’idée de centre est encore bien présente : c’est le lieu d’où l’on part, mais vers lequel on peut revenir. Avec souvent une notion d’appartenance, et de douceur : il évoque l’endroit où l’on est chez soi. L’image figurée éloigne le mot de son image d’origine, et lui donne un sens assez abstrait, d’autant que souvent, on peut employer le mot au pluriel - un pluriel qui justement renvoie à cette idée de collectivité : rentrer dans ses foyers. Et on disait cela des soldats démobilisés, qui quittaient l’armée pour retrouver leur vie civile et leur famille.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

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