mots-actu_a.png
RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

« La relation ambivalente de Moscou et Ankara, à la fois alliés et ennemis ». C’est un titre, relevé dans les informations de Rfi, qui permet de questionner le sens de cet adjectif « ambivalent ». Un mot qui est presque éclairé par l’ensemble du titre : En effet on précise que Moscou et Ankara, c’est-à-dire la Russie et la Turquie sont à la fois alliés et ennemis. Bien sûr cela paraît contradictoire, mais la politique a parfois des finesses et même des contradictions étonnantes. C’est bien pour cela qu’elle a besoin d’un mot tel qu’ambivalent.

Un mot assez long et savant, et qui a cet avantage de pouvoir être scindé et pour ainsi dire désossé comme seuls les mots savants peuvent l’être : valent évoque évidemment la valeur et le sens. Et ambi évoque la dualité, l’idée de « tous les deux ». Ce qui est ambivalent peut donc aller aussi bien dans deux directions opposées. Et le mot se rencontre en général dans des discours psychologiques. C’est bien la psychanalyse qui l’a mis à la mode, en mettant en évidence l’aspect double de certains sentiments. Comme si un sentiment très souvent se nourrissait de son double, ne pouvait se construire sans lui : l’amour souvent cache la haine ou l’envie ou la jalousie. Est-ce vraiment une autre façon de sentir ou simplement le revers d’une même médaille, l’autre face, le négatif ? Parfois la jalousie se fabrique dans le matériau de l’admiration.

Alors d’autres mots sont proches, avec des nuances : ambigu par exemple, un mot difficile à écrire à cause du tréma, nécessaire au féminin, ou dans le nom ambiguïté. On ne prononce pas « ambigue » ni « ambiguité ».

Et ce mot ambigu porte souvent un caractère plus trouble : il t’a fait un compliment, mais si on l’interprète d’une certaine façon, c’est un terrible reproche : la phrase est ambiguë.

Le mot équivoque se rapproche aussi de cette famille, et lui aussi peut être analysé : ce qui est équivoque peut être compris de diverses façons différentes : c’est à double sens, et on ne sait pas trop lequel est le bon : car les deux voies, les deux interprétations sont égales. Comme si les deux possibilités étaient aussi convaincantes l’une que l’autre. Et équivoque s’oppose à univoque : deux voies égales au lieu d’une seule.

Mais ce dernier mot, qui évoque encore plus le trouble, fait penser à ce qui est incertain, indécis, douteux. Et aussi à ce qui se dit sans se dire, de manière indirecte. Notamment dans le domaine de la séduction : un mot, une phrase, un compliment, mais aussi un geste, une position peuvent être équivoque, c’est-à-dire faire naître le désir, être un appel masqué, une invitation déguisée : ce n’est pas tout à fait clair, on pourra toujours le nier, mais c’est là et c’est troublant.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

Logo DGLFLF Ministère de la Culture

En partenariat avec la Délégation Générale à la Langue française et aux Langues de France (DGLFLF)

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias