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RFI
Les mots de l'actualité : une chronique pétillante qui éclaire en deux minutes un mot ou une expression entendue dans l'actualité.

Un « Sommet de l’Abus » s’est donc ouvert au Vatican. Avec un nom pareil, son succès est assuré. Ce qui ne nous empêche pas de nous demander de quoi il s’agit : qu’est-ce en réalité qu’un abus ? Est-ce que ce serait simplement le fait d’aller trop loin dans les attouchements, les contacts, les propositions qu’un membre de l’Église peut faire à un fidèle et notamment à un fidèle mineur ? Non, Dieu merci ! On n’a pas encore de tolérance de ce genre : on peut se permettre ceci… mais quand même pas cela, ce serait aller trop loin…

L’abus dont il est question est donc d’autre nature : on n’abuse pas d’une permission, on abuse de son pouvoir. On abuse de la position d’autorité qu’on occupe auprès de ceux ou celles qu’on a sous garde morale ou religieuse, pour leur dire « Viens donc ici mon petit ; suis-moi dans la sacristie, nous serons plus tranquilles… » On va donc trop loin dans utilisant à des fins perverses une position de prestige ou d’éducation. C’est clairement ce qu’on appelle un abus de pouvoir.

Abuser, c’est donc aller trop loin ? Oui. C’est en tout cas user, se servir au-delà de ce qui est admissible d’une situation dans laquelle on est en fonction de son travail, de sa vocation, de son magistère. Un usage excessif donc ! Ce qui se comprend si on écoute le mot avec attention. Abuser est construit sur le verbe user, auquel on a rajouté un préfixe. Pas le plus fréquent. Ordinairement on utilise outre (outrepasser) ou même sur (surdoser) pour donner l’idée de ce qui dépasse la mesure acceptable. Mais ab- est possible aussi, dans un sens voisin.

De quoi abuse-t-on généralement alors ? On vient de parler d’un abus de pouvoir : l’expression est courante, en concurrence avec l’abus d’autorité dont le sens est très voisin. Mais on a souvent aussi l’abus de langage : il s’agit de se servir d’un mot ou d’une expression qui vont plus loin que la réalité qu’ils expriment : « Manger l’herbe d’autrui ? Quel crime abominable » » lit-on dans La Fontaine. C’est bien d’un abus de langage qu’il s’agit : on traite de crime une action qui n’est pas même un délit. Un gros mot qualifie une petite chose !

De manière familière, le mot se retrouve dans diverses expressions. L’une d’elles est ancienne : Y a de l’abus ! C’est une façon de rouspéter contre ce qu’on considère comme outré : là mon vieux tu exagères ! Une façon aussi de dire : « On se moque de moi ! » et ce sens est repris, mais de façons beaucoup plus récentes dans un argot de jeunes, qu’on entend souvent dire : « Là, c’est abuser ! » Plus familier encore, peut-être parce que la formule n’est pas vieille, cela correspond à peu près au même sens : on se moque de nous et on va le dire bien fort, on ne va pas se laisser faire.

Avertissement ! 
Ce texte est le document préparatoire à la chronique Les Mots de l’Actualité. Les contraintes de l’antenne et la durée précise de la chronique rendent indispensable un aménagement qui explique les différences entre les versions écrite et orale.

 

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