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Pourquoi Kretinsky s’intéresse au «Monde»

Le siège du journal «Le Monde», à Paris.
Le siège du journal «Le Monde», à Paris.
Thomas Samson / AFP
Retour sur l’industriel tchèque Daniel Kretinsky qui vient de prendre une part minoritaire dans le capital du groupe Le Monde.

02'31" - Première diffusion le 27/10/2018

Le banquier d’affaires Matthieu Pigasse l’a reconnu devant les représentants de la rédaction : « il y a quelques jours », il a vendu 49 % de ses actions dans Le Monde indépendance, cette holding avec laquelle il co-contrôle le groupe de presse, à l’homme d’affaires Daniel Kretinsky. Ce qui a du mal à passer auprès des rédacteurs, mais aussi de la société des lecteurs et des historiques du Monde, c’est que le patron de la banque Lazard les a placés en quelque sorte devant le fait accompli.

Lundi 22 octobre 2018, le journal Libération révélait que cela a même failli aller beaucoup plus loin puisque Matthieu Pigasse avait prévu au départ de vendre la totalité de sa part dans Le Monde, pour se désendetter, ce qui aurait permis à l’industriel tchèque de co-contrôler à son tour le quotidien, avec Xavier Niel, le fondateur de Free. Il a fallu que plusieurs voix amies interviennent pour que Pigasse renonce. Dans un article révélant ce projet la semaine dernière, Le Monde disait - sur la foi d’une information distillée au plus haut niveau du gouvernement tchèque-, que le projet de Kretinsky était de racheter le journal.

Les craintes des journalistes

Jeudi 25 octobre 2018, la rédaction a obtenu un droit d’agrément pour tout changement de contrôle du Monde. Un droit dont bénéficiera d’ailleurs aussi Xavier Niel, qui n’a pas de droit de préemption sur les actions du banquier, même s’il s’était porté caution sur le prêt qui lui avait été consenti pour le rachat du Monde en 2010. Cela suffira-t-il à rassurer les journalistes qui craignent que Kretinsky exerce une option d’achat dans les deux ans sur le reste des parts de Pigasse ? Il leur faut désormais se satisfaire de ce droit de véto et des assurances du banquier de Lazard de préserver l’indépendance du groupe.

De son côté, Daniel Kretinsky, qui s’est rendu maître de l’hebdomadaire Marianne et finalise l’achat d’une bonne partie de la presse de Lagardère, proteste qu’il ne fera « pas de mouvement hostile à la rédaction du Monde ». Il se pose en homme de « consensus », qui a investi dans des journaux et des imprimeries dans son pays. Et rappelle qu’il est habitué aux partenariats dans son groupe d’énergie EPH.

Pourtant, c’est justement EPH qui inquiète. Au-delà de son engagement citoyen et même s’il s’en défend, Daniel Kretinsky trouve dans Le Monde une très belle carte de visite pour la privatisation de la part de l’État dans Engie, l’ex-GDF Suez. Prévue dans la loi Pacte, cette vente de 24 % des actions pesant près de 7 milliards d’euros irait parfaitement dans l’activité du groupe tchèque, qui est précisément de reprendre de vieilles centrales à gaz ou à charbon.

发布时间 15/11/2018 - 更改时间 14/12/2018 - 按作者Amaury de Rochegonde

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