90% de la population étudiante mondiale a été touchée par les fermetures d'écoles.
90% de la population étudiante mondiale a été touchée par les fermetures d'écoles.
GETTY
文章

L'ONG Save The Children déclare «l'urgence éducative mondiale»

Le 13 juillet 2020, l’ONG britannique Save The Children publie un rapport selon lequel près de 10 millions d’enfants pourraient rester déscolarisés en raison de la pandémie de Covid-19 et de ses conséquences économiques.
根据 Maya Baldoureaux-Fredon -

« Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, une génération entière d'enfants aura vu son parcours scolaire bouleversé », s’alarme Save The Children dans son rapport (en anglais). Avec la pandémie, 1,6 milliard d’élèves ont dû quitter les cours, entre l’école et l’université. L’ONG britannique parle « d’urgence éducative mondiale » et estime à 9,7 millions le nombre d’élèves qui risquent de quitter les bancs de l’école définitivement d’ici la fin de l’année.

Selon le rapport, une leçon a été tirée des crises précédentes : plus les enfants restent déscolarisés, moins ils ont de chances de retourner à l’école. L’Afghanistan, le Tchad, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Liberia, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Pakistan, le Sénégal et le Yémen sont les 12 pays qui pourraient être les plus touchés par cette déscolarisation définitive.

Pour Ian Hopwood, professeur à Sciences Po Paris, spécialiste en droit de l’enfant et ancien représentant del’Unicef au Sénégal, la situation est préoccupante depuis longtemps déjà. « D’un côté, on a vu une augmentation importante d’enfants inscrits à l’école ces dernières années, notamment en primaire. Certains gouvernements ont investi dans l’éducation, parfois 15 à 25% de leur budget, mais d’un autre côté, il n’y a pas assez d’argent pour que le système puisse accueillir tous ces enfants dans de bonnes conditions. La qualité de l’éducation a baissé. »

À lire aussi : Coronavirus: en Afrique de l’Ouest et du Centre, la difficulté de l’enseignement à distance

Pour Ian Hopwood, la crise du coronavirus ne fait qu’handicaper encore plus des enfants déjà en situation difficile. Avant la pandémie, ils étaient déjà 258 millions d’enfants et d’adolescents à se trouver en dehors du système éducatif dans le monde. Les inégalités qui existent déjà « exploseront entre les riches et les pauvres, et entre les garçons et les filles », a déclaré dans un communiqué Inger Ashing, directrice générale de Save The Children.

Les filles en première ligne

« L’école, pour les jeunes filles, c’est un moyen de les protéger contre de nombreuses formes d’exploitation et d’abus, comme les mariages précoces », rappelle Ian Hopwood. Pour lui, les conséquences de la crise du coronavirus sont plus graves pour les filles : « En restant à la maison, elles ont plus de chances d’être prises dans l’engrenage de l’économie familiale. Elles sont aussi en charge du soin. Quand les adultes de la famille sont malades, ce sont les jeunes filles qui apportent les soins et qui sont chargées de gagner de l’argent pour faire vivre la famille. »

Ian Hopwood rappelle aussi que les enseignants sont des liens sociaux importants : « Si l’enfant est victime de violences dans son foyer ou si la jeune fille est menacée par un mariage forcé, c’est souvent l’enseignant qui peut intervenir, plaider pour que l’enfant continue ses études », souligne-t-il.

Mais avec la crise du coronavirus, le budget alloué à l’éducation dans les pays en développement n’est pas une priorité. Les gouvernements concentrent leurs dépenses sur la santé et tentent d’amortir l’impact de la crise sur l’économie.  

14 milliards pour l’éducation

Pour permettre aux enfants de retrouver le chemin de l’école, Save the Children appelle les créanciers commerciaux à suspendre le remboursement de la dette des pays pauvres, un moyen de débloquer 14 milliards de dollars pour investir dans l’éducation. « Ce serait inadmissible que les ressources dont on a désespérément besoin pour maintenir en vie l'espoir qu'apporte l'éducation soient utilisées pour rembourser des dettes », a déclaré Inger Ashing.

Si la situation se maintient, l'association estime à 77 milliards de dollars la chute des dépenses pour l'éducation dans les pays les plus pauvres dans les 18 mois. Dans le pire scénario où les gouvernements attribueraient les ressources de l'éducation à d'autres domaines pour répondre à la pandémie de Covid-19, le chiffre pourrait atteindre 192 milliards de dollars.

Un rapport de l’Unesco sur l’inclusion et l’éducation, publié durant ce mois de juillet, alerte également sur les retombées économiques de la crise dans le domaine de l’éducation : « Il pourrait s’écouler six ans avant que l'aide à l'éducation ne revienne aux niveaux de 2018 », explique le rapport. « Si les écoles restent fermées toute une année, les effets pourraient être semblables à ceux d’une crise humanitaire », soulignent les experts de l’Unesco.

À lire aussi : Coronavirus: un enfant scolarisé sur deux ne va plus à l’école, selon l’Unesco

« Même avant la pandémie, l’exclusion totale de l’éducation touchait un enfant, adolescent ou jeune sur cinq », souligne le rapport de l’Unesco. Les experts s’inquiètent de voir la crise de Covid-19 augmenter les formes d’exclusion scolaire. « Avec plus de 90% de la population étudiante mondiale touchée par les fermetures d'écoles liées au Covid-19, le monde se trouve confronté à des perturbations sans précédent dans l'histoire de l'éducation », peut-on lire dans le rapport. L’un des facteurs de l’exclusion est la fracture sociale et numérique, qui a un fort impact sur les jeunes les plus défavorisés. Ils courent le risque de perdre leurs acquis et d’abandonner définitivement leurs études dans les cas les plus graves. « Les expériences du passé – comme avec Ebola – ont montré que les crises sanitaires pouvaient laisser un grand nombre de personnes sur le bord du chemin », notent les experts.

« Il faut tout faire pour que les enfants retournent à l’école »

« Si nous laissons cette crise de l'éducation se développer, l'impact sur les enfants sera durable », a prévenu la directrice générale de Save The Children Inger Ashing. « La promesse que le monde a faite de garantir à tous les enfants l'accès à une éducation de qualité d'ici à 2030 sera retardée de plusieurs années », a-t-elle ajouté, citant l'objectif fixé par les Nations-Unies.

Pour Ian Hopwood, il est important que ces enfants déscolarisés ne perdent pas leurs acquis. « Il faut tout faire pour que les enfants retournent à l’école, avec un accompagnement renforcé. Dans certains établissements scolaires, la cantine apporte un vrai plus en matière de nutrition. Le système de santé scolaire est encore assez limité mais il permet de faire passer un certain nombre de message et d’atteindre les enfants plus facilement pour les vaccins notamment ».  

Le rapport de Save The Children le rappelle aussi : la situation est encore plus critique pour les enfants en situation de handicap mental. « Avec les fermetures d’écoles, ce sont eux qui sont le plus marginalisés », s’inquiète Ian Hopwood.  

发布时间 28/08/2020 - 更改时间 28/08/2020

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias