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Le grand inventaire du vivant

Le programme est ambitieux. Une fougère finement ciselée au bord d’un ruisseau, Cystopteris montana, un petit scarabée marron appelé clic-beetle, voilà deux espèces endémiques présentes dans le Mercantour, mais pour combien de temps ? Pour y répondre, il faut impérativement effectuer un grand inventaire biologique. Deux Parcs européens, le Parc National du Mercantour, en France, et le Parco Naturale delle Alpi Marittime, en Italie, vont être soigneusement étudiés au peigne fin.
根据 Agnès Rougier -

Nous vivons aujourd’hui une période d’érosion de la biodiversité, et avant que ne disparaissent des espèces rares, il faut accélérer le processus qui permettra de comprendre les interactions entre la faune, la flore, le climat et la géologie. Tel est le but de ce grand inventaire biologique, un programme ambitieux qui va répertorier l’ensemble des espèces vivant dans 2450 km² de montagnes et mobiliser des dizaines de naturalistes et de chercheurs dans les prochaines années.

Alpes du sud : l’un des points chauds de la biodiversité mondiale

Le choix géographique du Mercantour et d’Alpi Marittime repose sur la localisation exceptionnelle des deux parcs, jumelés en 1987, soit de hautes montagnes… au bord de la Méditerranée. Or, la faune et la flore se transforment en fonction de l’altitude et du climat. Dans le Mercantour, on part du climat méditerranéen à 300 mètres d’altitude, pour monter jusqu’à 3300 m en haute montagne. Côté italien, le parc est plus petit, plus compact, mais aussi plus froid et plus enneigé. L’histoire géologique de cette région en a fait un espace unique, dans lequel se sont développées des espèces endémiques, inconnues ailleurs. La diversité biologique y est donc très importante.

L’inventaire va se dérouler pour commencer dans le cœur du parc, où seuls passent les troupeaux et quelques écotouristes. Et dans cet endroit protégé, il est vraisemblable que le changement climatique en cours va rapidement se lire dans la modification des écosystèmes.

Inventorier le vivant pour comprendre et anticiper

Les scientifiques ne partent pas de rien, car le parc est un endroit historique où les naturalistes ont déjà beaucoup travaillé. Tous les mammifères ont déjà été étudiés, en revanche, les insectes et nombre de plantes n’ont pas encore été répertoriées.

Bien que spécialiste des insectes aquatiques, Romain Garrouste, entomologiste au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, le Mercantour estime que ce lieu est particulièrement attrayant.  Ce qui l’intéresse au plus haut point, ce sont les espèces qui vivent dans les milieux aquatiques temporaires, comme les mares qui se créent au printemps, par la fonte des neiges. Ces insectes donnent des indications précises sur le milieu où ils vivent car pour survivre dans des milieux très changeants, il doivent faire preuve de capacités d’adaptations extraordinaires. Petit insecte volant, la perle -le régal des truites-, est par exemple un excellent indicateur de la pureté de l’eau :sa présence -ou son absence- renseignent sur l’évolution de la qualité aquatique.

Naturalistes et chercheurs sur le terrain

Au regard de la taille de la tâche entreprise, naturalistes et chercheurs doivent unir leurs forces et travailler ensemble. Depuis quelques années, la taxonomie -cette branche de la science, qui consiste à observer, décrire, comparer et classer les espèces- était tombée en désuétude. Elle n’était pas considérée comme pas assez rentable pour y former encore des chercheurs. Raison pour laquelle, ce sont souvent des naturalistes amateurs qui ont été les principaux découvreurs d’espèces endémiques dans le Parc du Mercantour.

Frédéric Billi, professeur de sciences naturelles à Nice, par exemple, a trouvé dans la Vallée de la Roya, un petit papillon de nuit -dyscia royaria- que personne n’avait encore détecté, en raison de sa sortie nocturne tardive, jamais avant 4 heures du matin. Mais le naturaliste a du, avant de confirmer sa découverte, observer le cycle de l’insecte, et comparer le papillon aux descriptions d’espèces très proches. Or, ce processus est long, et pour que l’inventaire avance plus rapidement, des techniques de pointe sont convoquées.

Le « bar-coding », une innovation technologique

Pour Simon Tillier, entomologiste et directeur du programme européen European Distributed Institute of Taxonomy (EDIT), l’inventaire du Mercantour va demander la mise en commun et la vérification des informations en temps réel. Les chercheurs devront donc accéder très rapidement à des bases de données contenant les caractéristiques des espèces déjà décrites. Après la caractérisation physique de l’organisme, ce sont donc l’informatique et la génétique moléculaire qui prennent le relais.  

Aujourd’hui, une espèce peut être caractérisée par la description de son génome, cela s’appelle le barcoding. : après analyse, la courte séquence d’ADN est confrontée à des séquences déjà décrites et stockées dans une base de données. Un processus qui permet de vérifier rapidement si l’individu représente une espèce encore inconnue, ou non. Le barcoding a été lancé il y a 3 ans, et aujourd’hui, l’ADN de quelque 50 000 espèces est déjà répertorié.

Pour être efficace, il faut être nombreux !

Aujourd’hui, 300 chercheurs européens se sont déjà intéressés au projet. Ils ont été réunis par le programme EDIT, le consortium des muséums d’histoire naturelle et des jardins botaniques européens, qui coordonne l’opération avec les deux parcs naturels. Au lancement du programme, Christof Hauser et Daniel Batch, entomologistes au Muséum d’Histoire Naturelle de Stuttgart, sont venus poser des pièges à papillons de nuit. « On ne comprend toujours pas pourquoi les insectes sont attirés par la lumière dans la nuit, mais ça marche ! ». Pourtant, ce soir-là, la lune faisait une concurrence déloyale, et rares sont les papillons qui se firent prendre ! Et, c’est grâce à Patricia Rossi, directrice du Parc Alpi Marittime et botaniste, que nous avons été présentés officiellement à orchidea sambuniccina , une orchidée endémique jaune et violette.

Mais pour accélérer le processus, des chercheurs du monde entier sont attendus. Le projet est pharaonique si l’on considère que le premier inventaire du vivant à grande échelle, qui a commencé en 1998, dans les Great Smoky Mountains, aux États-Unis n’est pas encore terminé !

Comprendre pour alerter

Avec l’inventaire généralisé en cours, les directeurs des deux parcs -Patricia Rossi pour l’Alpi Marittime et Thierry Boisseaux pour le Mercantour- auront entre les mains un outil d’aide à la décision pour la gestion des parcs naturels. Thierry Boisseaux explique que le but est également de comprendre l’évolution des écosystèmes en lien avec le changement climatique : « Nous sommes là pour participer à l’alerte et donner des éléments objectifs et précis montrant qu’il y a un changement en cours ». 

Budget et organisation

- Le réseau EDIT résulte d’un partenariat entre 13 pays, 21 institutions européennes, 2 américaines, et 2 russes. Il comprend 30% des collections mondiales. EDIT est une contribution de l’Union européenne à l’INitiative Taxonomique Globale lancée en 2002 par la Convention sur la Biodiversité.

- Le budget annuel du programme d’inventaire généralisé est passé à 300 000 euros en 2008, grâce au soutien du ministère français de l'écologie, de la principauté de Monaco et de la fondation Albert II de Monaco.

Pour en savoir plus :

- L'EDIT
- La revue Insectes - Opie

发布时间 03/12/2015 - 更改时间 03/12/2015

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