En Chine et en Corée du Sud, des applications suivent les personnes en quarantaine.
En Chine et en Corée du Sud, des applications suivent les personnes en quarantaine.
Dowell / Getty Images
文章

Big data contre big virus: des applications traquent les personnes en quarantaine

En Chine, et en Corée du Sud, les personnes en quarantaine sont suivies à la trace « via » une application sur leur téléphone portable. Des pratiques qui ne choquent pas en période d'épidémie mais qui posent question sur la protection des données.
根据 Stéphane Lagarde -

Avec notre correspondant régional Stéphane Lagarde,

En Corée du Sud, les voyageurs arrivant de Chine astreints à une auto-quarantaine doivent télécharger depuis ce week-end une application sur leurs smartphones. 30 000 personnes sont concernées dont une majorité à Daegu et sa région, l’épicentre de la pneumonie virale dans le pays. Le principe est simple : après téléchargement de l’application, vous devez cocher tous les jours les cases symptômes : « Avez-vous de la fièvre, oui ou non ? », « Est-ce que vous toussez ?  », « Est-ce que vous avez des difficultés à respirer ? » En fonction de ces renseignements, soit vous restez à la maison, soit on vous invite à venir passer un test de dépistage du coronavirus.

Traquer le coronavirus... et plus si affinités

Mais au-delà de ces renseignements, le GPS contenu dans l’application est aussi un mouchard. Si vous ne respectez pas cette période d’isolement, si par exemple vous vous rendez dans un lieu fréquenté comme un centre commercial, ou le métro, alors l’alerte se déclenche. Votre téléphone sonne, et bien sûr l’alerte est transférée aux autorités sanitaires qui peuvent envoyer votre localisation à la police. Ce système a été mis en place, car malgré une amende de près de 7 500 euros pour ceux qui ne respectent pas les consignes, certains continuaient à n'en faire qu’à leur tête.

C’est un système qui existe aussi en Chine. Là visiblement, il s’agit d’un code QR sur le smartphone pour tous les citoyens. Ensuite, un code tricolore, vert, jaune, ou rouge qui guide vos déplacements. Il a d’abord été mis en place à Hangzhou, la capitale de la province du Zhejiang très touchée par l’épidémie avant d’être étendue à d’autres villes. C’est le siège d’Alibaba, le géant de la vente en ligne qui a créé ce système GPS relié à Alipay, l’appli de paiement électronique sur les téléphones portables en Chine. « Code vert, vous pouvez circuler ! Rouge ou jaune : prévenez immédiatement ! », disent les banderoles de la propagande à Hangzhou, où se trouve Wang Xiaoyan, une comptable de 31 ans : « Moi j’ai de la chance, j’ai un code vert. La couleur est basée sur nos déplacements dans les 14 jours qui ont précédé. Ils veulent savoir si vous avez quitté la ville ou si vous avez eu de la fièvre. À Hangzhou, vous avez besoin de cette application pour aller travailler, pour entrer dans votre résidence ou pour aller au centre commercial. »

Une application obligatoire pour se déplacer

La police peut intervenir si vous ne respectez pas le code couleur, le « code de la santé Alipay » comme l’appellent les médias chinois. Vous devez montrer pattes blanches ou en tous cas téléphone vert partout où vous vous rendez. Alors il y a parfois des bugs… Certains se sont retrouvés avec un code rouge sans avoir été dans une zone à risque ou sans avoir fréquenté de malade, et ils ont été très vite rattrapés par la patrouille, parfois en voiture. Comme vous l’avez compris au temps du coronavirus, le secret médical n’existe plus, ce qui ne semble pas déranger Huang Guochao, 32 ans, employée d’une compagnie d’import-export à Yiwu : « J’ai entendu dire que ceux qui ont un code jaune ou rouge doivent restés confinés pendant 14 jours pour les rouges, et 7 jours pour les jaunes. Pendant cette période, vous devez rester connecté à l’application et répondre aux informations demandées. À la fin si tout va bien, le code devient vert ! Moi je suis d’accord pour confier mes données personnelles. La police est au courant de mes déplacements. C’est une période spéciale, c’est pour nous protéger. » 

Le renseignement humain à grande échelle

Une application destinée à protéger les bien portants, mais sans protection des données privées. En Corée, vous pouvez « oublier » votre téléphone à la maison et donc peut-être passer sous les radars ce qui est évidemment n’est pas du tout conseillé. Mais en Chine, Sans votre portable, vous ne pouvez pas faire vos courses. Certains défenseurs des libertés, même s'ils ne sont pas nombreux, craignent que ce suivi des traces numériques ne reste en place après l’épidémie. Il faut de toute façon savoir qu’avant cette application, le régime chinois avait réactivité un système de contrôle des masses, basé sur le renseignement humain à l’ancienne, celui des comités de quartier qui surveillent également vos allées et venues et vous empêchent de quitter votre appartement si vous êtes considéré comme une personne à risque.

A lire aussi : Le coronavirus fait prospérer l'e-santé, le télétravail, la consommation en ligne

发布时间 09/03/2020 - 更改时间 09/03/2020

RFI SAVOIRS n'est pas responsable des contenus provenant de sites internet externes

Fréquentation certifiée par l'OJDOJD Dénombrement des médias