Image de la télévision d'État chinoise montrant l'arrestation d'une manifestante de la place Tiananmen, le 1er juin 1989 à Pékin. Peter Charlesworth
Image de la télévision d'État chinoise montrant l'arrestation d'une manifestante de la place Tiananmen, le 1er juin 1989 à Pékin.
Peter Charlesworth / LightRocket via Getty Images
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Tiananmen: la mémoire et l’amer

20 ans après la terrible répression du mouvement de Tiananmen, Pékin tente toujours de faire oublier les événements du mois de juin 1989. Si Tiananmen demeure un tabou dans les médias en Chine, c’est aussi une « plaie profonde » pour tous ceux qui l’ont vécu. Témoignages recueillis parmi les dissidents présents aux commémorations à Paris.
根据 Stéphane Lagarde -

Zhang Jian : « Je suis le témoin vivant du mensonge de la propagande communiste »

Rescapé de la place Tiananmen (il a été blessé de trois balles cette nuit-là), Zhang Jian se bat depuis plusieurs années pour que le monde n’oublie pas ses camarades étudiants tués par l’armée dans la nuit du 3 au 4 juin 1989. Son témoignage est au cœur d’un documentaire Il n’y a pas eu de mort sur la place Tiananmen diffusé à l’occasion de ce 20e anniversaire.

« Ça s’est passé dans la nuit du 3 au 4 juin. Je faisais partie du service de sécurité des étudiants de la place Tiananmen, six étudiants ont été appréhendés par les militaires chinois. Je me suis précipité en disant aux militaires : “nous sommes sans arme et vous êtes armés. Ce sont des étudiants, laissez-les passer ! Moi, je fais partie du service de sécurité de la place, on va vous aider”. Mais ils n’ont pas voulu écouter. Les soldats qui avaient des fusils à baïonnette ont alors tourné leurs fusils vers moi. Ils ont tiré trois fois. Une balle m’a effleuré le visage, une autre m’a touché le genou, une autre encore m’a touché la cuisse. Je suis le témoin vivant du mensonge de la propagande communiste qui ne cesse de répéter : "sur la place Tian’anmen, il n’y a pas eu de mort". Je m’en suis sorti, mais trois de mes camarades ont été tués. »

Cai Chongguo : « Personne n’a pu dire : j’ai été blessé le 4 juin par un tank ! »

Étudiant en thèse et professeur de philosophie lors du « Printemps de Pékin », Cai Chongguo a été poursuivi par la police pour son implication dans la mobilisation. Il vit désormais en France où il édite la version chinoise du China Labour Bulletin. Si aucun bilan officiel n’a été donné suite à la répression – la municipalité de Pékin a parlé de 241 morts -, les statistiques officielles sont forcément mensongères explique-t-il, car de nombreux blessés se sont cachés pour échapper aux forces de l’ordre.

« Pour ce qui est du nombre de blessés, je voudrais vous raconter une histoire. Je connais bien un spécialiste de médecine chinoise. Le 4 juin on lui a signalé un étudiant blessé. Son bras avait été écrasé. Le médecin et son épouse ont soigné l’étudiant chez eux. Finalement la cousine du médecin qui était là est tombée amoureuse du blessé. Ils se sont mariés, c’était une belle histoire. Mais le médecin et toute sa famille, et bien sûr l’étudiant lui-même, ont toujours affirmé qu’il avait eu un accident de voiture. C’est dire combien les statistiques sont difficiles. Personne n’a pu affirmer à l’époque : j’ai été blessé le 4 juin par un tank ! Finalement le problème n’est pas de savoir s’il y a eu un mort, dix morts, 100 morts ou 10 000 morts ! L’important, c’est qu’il y a eu des morts et un gouvernement qui a tué ses propres étudiants ».

Jiang Weiping : « Tiananmen est une plaie profonde dans le cœur des Chinois »

Journaliste d’investigation, Jiang Weiping vit en exil au Canada depuis 2005. Arrêté le 4 décembre 2000 à Dalian, il a été condamné à huit ans de prison pour « divulgation de secrets d’État » suite à une série d’articles publiés dans un quotidien à Hong-Kong et traitant de la corruption de hauts fonctionnaires chinois. De passage à Paris dans les studios de RFI, il souligne combien la mémoire du « Printemps de Pékin » reste vive parmi les intellectuels et les dissidents. 

Le symbole de RFI est extrêmement important. C'était important pour moi à l'époque et ce sera très important aussi pour ceux qui sont aujourd'hui encore en prison, réprimés... »

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 Jiang Weiping, journaliste en exil (01'00")

Zhang Jian : « Les jeunes Chinois (…) ne me croient pas quand je dis qu’on a tiré sur nous à Pékin »

Depuis 20 ans, Pékin maintient une chape de plomb sur la répression de la nuit du 3 au 4 juin. Un silence assourdissant qui reste de mise pour ce 20e anniversaire d’où peut-être cette ignorance des événements au cœur d’une partie de la jeunesse.

« Les jeunes Chinois qui vivent à Paris ne me croient quand je dis qu’on a tiré sur nous à Pékin. Ils ne me croient pas quand je dis qu’il y a eu un massacre sur la place Tiananmen. Tant que j’avais ma balle dans la cuisse je leur disais : "venez tâter ma cuisse vous verrez qu’il y a une balle ! Vous verrez qu’ils ont tiré à Tiananmen !" Malgré cela, même en voyant la balle certains ont du mal à accepter l’idée que le Parti communiste est derrière ce massacre et que ce sont leurs propres pères et mères qui ont tiré sur la foule. »

Ao Bo : « Il y a 20 ans, les manifestants auraient pu l’emporter »

Fondateur du groupe Pangu, Ao Bo était lycéen dans une ville très éloignée de Pékin quand les manifestations ont éclaté. La mobilisation s’est propagée dans toutes les provinces.  

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 « Les manifestants auraient gagné toute la Chine » (01'15")

Cai Chongguo : « Les investisseurs occidentaux (…) ont produit une classe d’ouvriers exploités 12 h par jour ». 

Pour l’auteur de J’étais à Tiananmen, aux éditions l’Esprit du Temps, l’amnésie collective autour des événements de Tiananmen et le maintien au pouvoir du régime chinois est aussi lié à la faiblesse des Occidentaux.

« Si le gouvernement chinois a pu se maintenir de façon aussi brillante depuis toutes ces années, la responsabilité en revient aussi aux capitalistes occidentaux qui ont lourdement investi en Chine. Ces investissements étrangers, associés à la corruption colossale qui existe en Chine, ont produit une classe d’ouvriers exploités qui travaillent 12 h par jour et qui ne voient pas les résultats des bénéfices encore plus colossaux qui sont réalisés sur leur dos. Ces bénéfices ne profitent pas plus d’ailleurs aux classes ordinaires des pays occidentaux. Un jour… Quand la Chine sera enfin démocratique, les comptes seront faits. Et tous ces gens qui ont exploité le peuple chinois devront rendre des comptes. »
 

Pierre Bergé : « Les gens qui investissent aujourd’hui en Chine ont des intérêts, mais ils n’ont pas de conviction. »

« Un régime qui tire sur sa jeunesse n’a pas d’avenir », disait François Mitterrand au lendemain de la répression du 4 juin 1989. Vingt ans plus tard, le régime chinois est toujours là. Pierre Bergé est aujourd’hui comme hier aux côtés des dissidents chinois en France. Pour l’homme d’affaires et président du Bureau de l’Association des amis de l’Institut François-Mitterrand, la communauté internationale s’est rendue complice de Pékin.

Le problème c'est que les gens qui aujourd'hui investissent en Chine, ils ont des intérêts mais non pas de conviction. S’ils avaient des convictions ils n'iraient pas aider aujourd'hui le gouvernement chinois. »

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 Pierre Bergé (02'11")

发布时间 27/05/2019 - 更改时间 06/06/2019

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