L'ancien président d'Afrique du Sud, Pieter W. Botha
L'ancien président d'Afrique du Sud, Pieter W. Botha.
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Arrivé au pouvoir en 1978 comme Premier ministre après avoir été ministre de la Défense pendant douze ans, Pieter Wilhem Botha devient président de la République en 1984 au moment de l’entrée en vigueur d'une nouvelle Constitution supprimant le poste de Premier ministre. Dès lors, Pieter Botha a dirigé le pays d’une main de fer, développant un concept qualifié de « stratégie nationale globale » fondant toutes les décisions politiques sur les capacités militaires et policières du pays à défendre le régime de ségrégation raciale. Celui-ci a été extrêmement répressif, provoquant la mort de milliers de civils, parmi lesquels une majorité de « non-Blancs » tandis que des dizaines de milliers d’autres, des militants anti-apartheid en particulier, étaient emprisonnés et torturés.
根据 Elisa Drago -

Surnommé le « Grand crocodile » pour son autoritarisme, Pieter Botha est mort à 90 ans, pendant son sommeil, à son domicile dans la ville de Wilderness, dans la province du Cap, où il résidait après avoir été contraint d’abandonner le pouvoir en 1989, son propre entourage politique saisissant l'occasion d'un accident cardiaque. Opposé aux réformes engagées par son successeur Frederik De Klerk qui conduisirent à la fin du régime de l’apartheid, Pieter Botha avait cru pouvoir faire perdurer la politique discriminatoire sud-africaine moyennant un replâtrage de façade en réponse aux pressions internationales.

En 1979, une réforme constitutionnelle avait vu la création d'un Parlement tricaméral, doté d'une chambre pour chaque groupe racial. Mais l'heure des droits politiques n'avait pas pour autant sonné pour les Noirs sud-africains toujours privés du droit de vote. Dix ans plus tard, un mois avant d’être forcé de passer la main, en 1989, Pieter Botha avait organisé une rencontre secrète avec le chef du Congrès national africain (ANC), Nelson Mandela, en prison à Robben-Island. Mais la direction politique de l'Afrique du Sud lui avait déjà échappé.

Premier président noir d'une nation arc-en-ciel libérée du joug de l'apartheid, Nelson Mandela a voulu tourner à sa manière la page des années noires pendant lesquelles, il a passé 27 ans en prison, dont une décennie sous la présidence de Botha. À l'annonce du décès de son ancien adversaire, Mandela a choisi de se souvenir de la visite du défunt président à Robben-Island et « des démarches que Pieter Botha avait entreprises afin d’ouvrir la voie vers l’accord final négocié pacifiquement dans le pays ». Pour sa part, l’actuel président Thabo Mbeki a diplomatiquement estimé que « Pieter Botha a pris la direction du gouvernement à un moment difficile de l’histoire du pays ». « Il faut mettre à son crédit le fait qu’il a réalisé la futilité de lutter contre ce qui était inévitable », la fin de la ségrégation raciale en l'occurence.

Sans regrets

Pieter Botha a toujours refusé de témoigner devant la commission « Vérité et réconciliation », mise en place par le gouvernement de Nelson Mandela. Il n’a jamais voulu présenter la moindre excuse aux victimes et à leurs familles, affirmant qu’il n’était pas au courant des assassinats et des cas de torture. Dans une récente interview, à l'occasion de ses 90 ans, Pieter Botha s'est à nouveau déclaré sans regrets pour la politique de ségrégation raciale appliquée dès son entrée au gouvernement en 1961, dans les écoles et les quartiers.

Dans sa stratégie militariste contre les pays de la « Ligne de front » anti-apartheid, au moment de la chute du « glacis portugais » des anciennes colonies mozambicaine et surtout angolaise, en 1975, Pieter Botha, alors ministre de la Défense, avait soutenu un plan d’intervention militaire, en Angola, avec l'appui du gouvernement américain de Gerard Ford qui souhaitait installer un gouvernement pro-occidental à Luanda. 

L'allié de Moscou et de Cuba, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA) finalement au pouvoir en dépit de «l' opération zoulou» conduite par Pretoria, l’Afrique du Sud avait décidé d’apporter son aide logistique à l'Union pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita), le mouvement rebelle de Jonas Savimbi soutenu par Washington.

Après deux décennies d'implication militaire dans la région mais surtout en Angola, un enjeu tout particulier en raison de sa frontière avec le Sud-Ouest africain, la Namibie, elle aussi soumise aux lois de la ségrégation raciale, la fin de la Guerre froide, à la fin des années quatre-vingt, a finalement contraint l'Afrique du Sud à négocier avec ses adversaires de l'intérieur et de l'extérieur : l'ANC, l'Organisation du peuple du Sud-Ouest africain (Swapo) arrivée au pouvoir avec les élections de 1989 dans la Namibie indépendante, Cuba, dont les « barbudos » se sont retirés d'Angola.

Sous Botha, le monde a changé, l'Afrique du Sud de l'apartheid perdant sa fonction de ligne de défense de l'Occident anti-communiste. Il s'en est aperçu trop tard. Ce qui jusque-là restait caché aux opinions internationales est apparu au grand jour. Les townships ont surgi sur les écrans de télévisions avec Nelson Mandela comme symbole de la lutte anti-apartheid.

发布时间 22/09/2015 - 更改时间 29/02/2016

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